[Live Report] Killus + Blooming Discord + Kalvaire – 01/10/2026 – Jas’Rod – Les Pennes-Mirabeau
Trois groupes, trois univers et une même passion pour le Metal ! De KALVAIRE à BLOOMING DISCORD, jusqu’aux incontournables Espagnols de KILLUS, cette soirée au Jas’Rod des Pennes-Mirabeau, organisée par Vault of Metal, nous a offert un beau panorama de la scène Metal, entre découvertes prometteuses, énergie communicative et véritable déferlante industrielle et théâtrale. Et puisque KILLUS était la tête d’affiche de cette soirée, difficile d’imaginer meilleure occasion pour unir les forces de part et d’autre des Pyrénées ! Nous vous proposons donc cette chronique en collaboration avec le média espagnol Riff Valley, grâce au duo de chroniqueurs franco-espagnol Hell’n’Mosh, Sara et Sergio. Un regard croisé sur une soirée qui nous aura réservé son lot de surprises, de décibels et de moments mémorables.
KALVAIRE
Formé en 2023, KALVAIRE est un jeune groupe de Metal industriel qui commence à se faire une place sur la scène régionale. Le groupe a commencé son aventure discographique en 2024 avec les singles « Dead Child » et « Keep Waiting », suivis de son premier album Burn en 2025, tous autoproduits. On peut les voir régulièrement sur scène ; ils ont notamment déjà assuré la première partie de KILLUS en mars 2026.
Petit à petit, KALVAIRE travaille également sur son concept esthétique. Lors de son concert de janvier 2025 à L’Humus (La Fare-les-Oliviers), ses membres étaient déjà apparus vêtus de combinaisons de travail. Le reste de leur dispositif scénique se compose, pour le moment, de deux barils industriels portant le logo du groupe servant de décoration et d’éclairage, renforçant ainsi l’atmosphère.
Comme nous nous y attendions, nous retrouvons sur scène les deux barils portant le logo du groupe découpé dans le métal et laissant apparaître sa silhouette en négatif. Les quatre membres font leur apparition vêtus de combinaisons de travail noires, sans autre ornement qu’un écusson du groupe. Compte tenu de la formation récente du groupe, il est clair qu’ils misent sur la construction d’une image forte et reconnaissable. L’ambiance est, elle aussi, au rendez-vous : relativement sombre, avec peu de lumière sur scène, en accord avec l’univers proposé.
Dès le début du concert, Pierre, le chanteur, ne cache pas son bonheur d’être sur la scène du Jas’Rod. Comme il le raconte, c’est la première fois qu’il se trouve de ce côté de la salle, où il est venu tant de fois en tant que spectateur pour voir d’autres groupes.
Après seulement deux titres, petit incident technique : l’une des cordes de la guitare de Fabien casse juste au début de la troisième chanson. Pour éviter de casser le rythme du concert, Pierre demande au public d’encourager le guitariste. Pour gagner quelques minutes supplémentaires, Vincent nous offre un solo de batterie chargé de technique et de rythme, qui se termine juste à temps pour le retour de Fabien, permettant enfin de commencer « Wormsland ». Malheureusement, le public n’est pas encore vraiment au rendez-vous. Avec à peine une trentaine de personnes présentes, le vide dans la salle était évident. Cela n’a pas découragé KALVAIRE, et Fabien comme Pierre interagissent avec les personnes présentes, déterminés à les faire bouger malgré leur petit nombre. Leur attitude énergique s’est maintenue pendant tout le concert, avec une véritable volonté de partager une bonne expérience, même si le public était réduit.
Musicalement, KALVAIRE se caractérise par des riffs lourds et des rythmes puissants, accompagnés par des séquences électroniques qui apportent cette touche industrielle. Avec un set composé de sept titres, le groupe montre déjà une volonté à forger son identité qui s’affirme avec force sur scène. Notamment, « Mépris », cinquième chanson de la setlist, nous fait immédiatement penser à RAMMSTEIN dans certains passages. Sans aller jusqu’à la pure imitation, il est évident que le groupe essaie d’intégrer ces références et de les adapter à son style encore en construction. Il sera donc intéressant de suivre l’évolution de cette progression au sein du groupe. Toutefois, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit encore d’un jeune groupe et que, même si ses membres débordent d’énergie et de bonne volonté, quelques aspects restent à peaufiner. L’un des points qui nous a semblé le plus évident concerne le chant. Peut-être que Pierre n’était pas dans un très bon jour, car si les parties gutturales fonctionnaient très bien, les moments en voix claire, sur quelques rares phrasés, semblait parfois manquer de puissance et d’harmonie.
À la fin de la setlist, le groupe lance un dernier appel au public et l’invite à passer au stand de merchandising pour le soutenir, car il essaie de financer la sortie de son album au format physique.
En définitive, nous avons passé un bon moment avec le concert de KALVAIRE, ce jeune groupe qui ne manque ni d’envie ni d’énergie. La marge de progression est encore là, ce qui rend le suivi de sa progression lors de ses prochains concerts d’autant plus intéressant. Et nous serons là pour l’encourager et contribuer à la scène locale marseillaise.
BLOOMING DISCORD
Issu de la scène Metal marseillaise en 2015, BLOOMING DISCORD propose un Metal alternatif au son des années 2000. Le groupe revendique des influences comme System of a Down, Stone Sour, Avenged Sevenfold ou encore Bring Me The Horizon. Ce qui est évident, en revanche, c’est leur volonté de proposer des refrains accrocheurs, des riffs bien marqués et une énergie pensée avant tout pour être appréciée en concert. Après deux E.P, Brambles and Bones en 2018 puis Shambles and Stones en 2022, ils ont finalement sorti leur premier album en 2024, Memories From The Future. Composé de dix titres, l’album a été produit par Flo Salfati de LANDMVRKS.
Pendant la pause après KALVAIRE, la salle se remplit peu à peu au point que nous nous retrouvons maintenant dans une salle presque entièrement pleine. Dès que les lumières s’éteignent, les gens se pressent devant la scène aux premiers rangs. Les photographes, qui pouvaient auparavant se déplacer en toute liberté, ont maintenant du mal à se frayer un chemin. Aussi, nous constatons qu’une grande partie du public s’est déplacée pour eux car dans la fosse nous voyons beaucoup de T-shirts du groupe, ainsi que ce qui semble être des amis et des connaissances de ses membres. Lorsque ceux-ci arrivent sur scène, ils prennent d’ailleurs un moment pour les saluer. Sur scène, BLOOMING DISCORD arbore un look simple mais efficace. L’esthétique rappelle immédiatement les années 2000, sans fioritures même s’il faut faire une mention spéciale au pantalon motif léopard de Sam, le guitariste.
Dès le début, le ton est donné. Le concert commence avec une précision digne d’un groupe plus expérimenté sur « Scapegoats », un morceau encore absent des plateformes de streaming. Même si le titre est encore peu connu de la majorité du public, celui-ci, composé en grande partie de fans du groupe, est pleinement impliqué dans le concert. Presque sans laisser le temps de reprendre son souffle, le groupe enchaîne avec « The Saddest of Playground », en ne faisant qu’une pause minimale pendant laquelle Karim salue la salle. Le groupe de fans des premiers rangs reprend les refrains en chœur et le premier pogo de la soirée se déclenche. La fête est lancée et, surtout, elle ne redescendra plus jusqu’à la dernière note.
Leur expérience de la scène se remarque parfaitement dans leur manière de se déplacer sur scène et d’interagir avec le public. Il est clair qu’aujourd’hui ils jouent à domicile, mais ils ont montré la même assurance la semaine précédente au Dodu avec SCARLEAN. L’éclairage et le son accompagnent parfaitement le groupe, donnant à chaque chanson toute sa valeur. Entre Sam et ses solos, Vince qui danse tout en jouant de la guitare et Anthony, le bassiste, qui appelle au pogo depuis le haut des caissons, il est difficile de ne pas se laisser emporter par l’énergie du groupe.
Les chansons s’enchaînent les unes après les autres, avec à peine quelques pauses. Les slammers – et presque plus souvent encore les slammeuses sautent depuis la scène ou la rejoignent à un rythme constant, partageant souvent quelques phrases au micro avec Karim avant de se lancer à nouveau. Un véritable exercice de communion avec le public que BLOOMING DISCORD semble parfaitement maîtriser.
Alors que la fin du set approche, le groupe nous présente son dernier single, « Five Seasons », sorti seulement quelques jours auparavant. Dès que le morceau commence, le public se déchaîne complètement et l’intensité du pogo augmente considérablement. Difficile de croire qu’un titre sorti seulement quelques jours plus tôt puisse déjà provoquer une telle réaction. Une grande partie du public montre qu’elle connaît déjà les paroles de la chanson et, entre le pogo et les chœurs, l’énergie du concert atteint son apogée à ce moment-là.
Dans la continuité de cette montée en puissance finale, le groupe enchaîne avec le tube que tout le monde attend : « Latch ». Encouragé par Karim, tout le public reprend le refrain accrocheur, transformant la salle en un immense chœur. Finalement, on termine le concert avec « Something more », un titre qui porte particulièrement bien son nom. En effet, car c’est exactement ce qu’on ressent au moment où les dernières notes retentissent : on en voudrait un peu plus !
KILLUS
Originaire de Villareal, dans la province de Castellón en Espagne, KILLUS est un groupe de Metal industriel formé en 1999. Depuis ses débuts, la formation développe un mélange de Metal agressif et sombre, laissant de la place à l’électronique et au groove. Le groupe cite notamment parmi ses références Nine Inch Nails, White Zombie ou Ministry. Il n’est pas difficile non plus de reconnaître des traces de Marilyn Manson ou de Rammstein, avec lesquels ils ont tourné. Son style s’accompagne d’une esthétique ténébreuse et théâtrale issue d’un univers tout droit sorti de vos pires cauchemars gothiques. Autant d’influences qui permettent de situer son univers entre Metal industriel, Shock Rock et musique électronique.
Au début de l’été, le groupe a d’ailleurs participé à son premier Hellfest sous la tente de la Temple, pleine à craquer. Quelques semaines plus tard, KILLUS retrouvait les scènes espagnoles avec le Leyendas del Rock 2026, à Villena. Même si nous n’avons pas pu les voir à cette occasion, nous avons ce soir l’immense chance qu’ils viennent présenter leur « rituel d’invocation » à domicile (Ndlr : rituel d’invocation, c’est ainsi qu’ils appellent leurs concerts).
L’entrée du groupe a immédiatement donné le ton. Le premier à apparaître est Anhell, qui prend place derrière la batterie, suivi dans l’ordre par Ruk (guitariste), Premutoxx (bassiste) et enfin Ssagittar (chanteur). Le noir est omniprésent, à l’exception de la collerette rouge/rose du bassiste. Tous, sauf Anhell, portent des masques couvrant le nez et la bouche, intensifiant l’atmosphère lugubre de leur entrée. Le chanteur se promène en silence sur scène, faisant progressivement monter la tension et l’attente avant le début du rituel.
Au début du set, le public se montre un peu frileux. Beaucoup de personnes sont encore à l’extérieur lorsque KILLUS commence à jouer, laissant la salle assez vide. Le contraste de style avec BLOOMING DISCORD est énorme, et les quelques personnes présentes dans la salle semblent un peu désorientées. Cependant, le temps d’adaptation est court. Les retardataires finissent par rejoindre la salle, l’ambiance monte progressivement et, très vite, tout le monde finit par se prendre au jeu, chauffé notamment par un Premutoxx en très grande forme et impossible à ignorer. Tout au long du concert, nous avons pu voir le bassiste sauter dans tous les sens sur scène, avec une énergie qui semblait inépuisable. Arborant le look d’un clown des plus terrifiants qui soit, Premutoxx commence à distribuer à tout-va des médiators qu’il enduit généreusement de salive ou directement sortis des profondeurs de son caleçon. Lorsqu’il n’interagit pas avec le public ou les photographes, nous pouvons le voir lécher l’oreille de Ssagittar, faire goûter certains « fluides » à Ruk ou simplement danser et se contorsionner de manière improbable. En définitive, Premutoxx offre un spectacle qui attire irrésistiblement le regard. Cela ne signifie pas pour autant que le spectacle repose uniquement sur le côté le plus schizophrénique de Premutoxx. À l’avant de la scène, Ssagittar incarne une terreur profonde et calme, un mal aussi inévitable que la gravité. Le chanteur cherche le contact visuel avec les victimes des premiers rangs, avec un regard inquiétant au point qu’il est difficile de le soutenir. Ruk et Anhell contribuent également au spectacle, pleinement intégrés dans leurs personnages, mais il est vrai que le bassiste et le chanteur sont ceux qui impressionnent le plus sur scène.
La setlist avance à un rythme frénétique, avec presque aucun temps mort entre les chansons, sans pour autant réduire les interactions avec le public, bien au contraire. Arrivés à la moitié du concert, le chanteur nous présente leur dernier titre « Déjà vu« , sorti en juin 2026, réalisé en collaboration avec l’artiste française SUN BRUTAL POP. Et là encore, le jeu scénique est particulièrement réussi. Lorsque vient le moment où nous entendons SUN chanter seule sur l’enregistrement, le groupe s’immobilise complètement, comme mis en pause. Cette pause est brutalement interrompue au moment où Javi reprend le duo. Un effet scénique simple mais très efficace. Ils enchaînent avec « White Lines » qui, dès son introduction, déclenche un circle pit dans la fosse. Pour nous, c’est évident, c’est le moment précis où le public français finit par être conquis par KILLUS. Les personnes présentes se joignent aux chœurs à la demande du groupe, même si la plupart ne comprennent pas encore entièrement les paroles. Mais il s’agit d’un rituel festif et non d’un examen de paroles, alors cela importe peu.
Une fois la moitié de la setlist dépassée, nous profitons d’un petit moment de calme avec « Satanic Verse XXV », la version du 25e anniversaire de la chanson initialement publiée sur l’album Feel the Monster. Cette pause permet un moment de communion entre le groupe et le public. Pendant ce temps, Premutoxx finit par retirer sa collerette et se promène sur scène comme un pantin désarticulé, ce qui nous rappelle les mouvements de Vessel III, le bassiste de SLEEP TOKEN. Après cette petite baisse de régime qui permet de reprendre son souffle, le concert continue et retrouve sans difficulté toute son intensité avec « Paralyzed ». Ssagittar termine la chanson à genoux, le front presque contre le sol, tandis que Ruk remercie le public. Une toute petite pause sépare « Paralyzed » de « Feel The Monster » et, dès que le morceau commence, la folie s’empare à nouveau du public. Ssagittar repère alors certains membres du public qui connaissent les paroles – effectivement, c’était nous – et nous tend le micro pour chanter. Il répéte l’opération avec « Ultrazombies XXV », même si, cette fois, le refrain est facile et qu’une grande partie de la salle accompagne le groupe. Pendant ce temps, nous pouvons voir les slammers faire leur retour. Cette fois, nous en voyons plusieurs qui restent sur scène un peu plus longtemps que prévu, mais le groupe les intègre avec fair-play.
Nous arrivons ainsi à la fin de la setlist. Ruk commence à sauter dans tous les sens sur scène dès les premières notes de la reprise de « Gimme! Gimme! Gimme! », avec laquelle KILLUS termine le concert. La reprise d’ABBA donne enfin au public l’occasion de chanter les paroles du début à la fin avec le groupe. Ssagittar profite de l’occasion et tend plusieurs fois le micro aux personnes présentes, qui n’ont désormais plus d’excuses et se joignent au chant sans hésiter. La dernière chanson du concert déclenche l’apothéose dans la salle. Ruk et Premutoxx sont de véritables tornades sur scène, tout le public chante et saute, complètement conquis par les Espagnols. Le dernier morceau apporte la touche finale à un concert démentiel qui avait commencé comme une surprise quelque peu déroutante pour les spectateurs. C’est ainsi que se termine le concert dans une petite salle presque au milieu de nulle part, à quelques kilomètres de Marseille. Une soirée transdimensionnelle au cours de laquelle le quatuor KILLUS a atteint son objectif : incarner les avatars d’une pulsation infernale qui a transformé un jeudi soir en un véritable rituel.
Au final, cette soirée aura été une excellente façon de reprendre les concerts après la pause estivale ! Nous avons eu l’occasion de voir trois groupes aux styles très différents et à trois moments très distincts de leur carrière, ce qui, avec le recul, constitue une expérience très intéressante.
Tout d’abord, nous avons KALVAIRE, un groupe qui débute avec tout ce que cela implique. Il leur reste évidemment encore de l’expérience à acquérir pour peaufiner certains aspects, mais leur volonté de construire un projet cohérent, tant sur le plan visuel que musical, est évidente.
Avec Blooming Discord, nous assistons à un premier changement de catégorie. Tout est à sa place : l’attitude, la présentation, le rythme et la communication avec le public. Mais aussi la capacité à maîtriser toute une salle pour la transformer rapidement en une immense fête, que ce soit avec le nouveau morceau tout juste sorti, « Five Seasons », ou avec le tube le plus accrocheur « Latch ». Pour nous, c’est désormais un groupe bien installé sur la scène marseillaise.
Mais bien sûr, la star de cette soirée était sans aucun doute KILLUS. Avec plus de 25 ans de carrière et une identité propre, qui s’exprime aussi bien musicalement que visuellement, KILLUS propose un spectacle démentiel. Nous avons quatre musiciens exceptionnels qui sont également des acteurs totalement investis dans leurs personnages. Le groupe n’a pas eu la tâche facile au début du concert, avec un public venu principalement pour un autre groupe vibrant sur une longueur d’onde très différente. Cependant, ils ont fini par conquérir la salle et tout le monde a été impressionné par les musiciens Espagnols. La seule chose qui nous a manqué pendant leur show, ce sont quelques-uns de leurs morceaux phares en espagnol, comme « El Péndulo » ou « Despierta », même si cela était prévisible pour une setlist destinée à la France. Voir KILLUS sur une petite scène avec un éclairage adapté a été sans doute l’un des meilleurs spectacles que nous ayons vus cette année. Un spectacle fou, théâtral, interactif et terriblement efficace, que l’on s’attendait difficilement à trouver dans une petite salle au milieu de nulle part.
En résumé, cette soirée d’octobre nous a permis de passer de la découverte d’un groupe débutant à la redécouverte d’un groupe expérimenté, pour finir avec des maîtres qui ont des années et des années d’expérience. Trois groupes très différents, à trois moments très différents, et trois façons de vivre la scène Metal.
