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[Live Report] Hellfest 2026 : jour 3 – 20/06/2026

Après deux journées menées à un rythme infernal, les premiers signes de fatigue commencent logiquement à se faire sentir. Il faut dire qu’en rentrant la veille au soir après une bonne douche méritée ce fut un K.O sur le canapé. Réveil en sursaut vers 5h du matin : les batteries des appareils photo n’ont évidemment pas été rechargées. Le genre de frayeur que seuls les photographes de festival connaissent. Heureusement, plus de peur que de mal.

Ce samedi débute aussi avec son lot de mauvaises nouvelles. Après le forfait de VOLBEAT annoncé quelques jours plus tôt, c’est au tour de Tom MORELLO, contraint d’annuler sa venue pour raisons familiales, puis de CAVALERA, dont le tour bus a vu son pare-brise pulvérisé après une collision avec… un canard. Oui, vraiment. Comme si cela ne suffisait pas, le traditionnel feu d’artifice du dimanche est lui aussi annulé en raison du risque d’incendie lié à la sécheresse. Le running order est donc légèrement chamboulé, mais au Hellfest, on apprend vite que l’adaptation fait partie du jeu.

Côté météo, tout le monde trouve cette troisième journée plus chaude alors qu’un ciel légèrement voilé filtre un peu le soleil. De notre côté, avec nos habitudes de Sudistes, on trouve qu’il fait meilleur et on profite volontiers de ce petit répit avant une nouvelle journée marathon. Et puisqu’il faut bien démarrer quelque part, autant commencer par une bonne dose de chaleur… musicale. Direction les MainStages pour retrouver LOCOMUERTE, les hispanophones les plus déjantés bien décidés à transformer ce samedi matin en véritable fiesta.

LOCOMUERTE – Mainstage 2 – 10h30

Premier concert de cette troisième journée et il n’était absolument pas question de le manquer. Un concert de LOCOMUERTE, ce n’est pas qu’une succession de morceaux : c’est une expérience et c’est surtout la Fiesta ! Cette présence sur la Mainstage 2 a d’ailleurs un parfum de consécration. Après avoir retourné le Hellfest Le Off puis la Hellstage ces dernières années, les voilà désormais propulsés sur l’une des scènes principales du festival. Une récompense largement méritée pour un groupe qui enchaîne les tournées sans jamais perdre une once de son énergie communicative.

Et le public ne s’y est pas trompé. À 10h30, le parterre de la Mainstage 2 affiche déjà une énorme affluence. Chose loin d’être évidente pour un premier concert de la journée. En 2026, difficile de ne pas avoir entendu parler de LOCOMUERTE. Leur réputation de machine de scène les précède et ils vont une nouvelle fois la confirmer.
À peine les quatre Chicanos débarquent-ils sur scène que la fosse explose. Dès les premières notes de « Bandolero », un immense circle pit se dessine avant que « Parano Booster », « La Brigada de los Muertos », « Demonios », « Barrio », « Los Narcos » ou encore « La Vida Loca » n’enchaînent les assauts sans laisser le moindre répit.

Impossible de quitter El Termito des yeux. Véritable boule d’énergie, le frontman court d’un bout à l’autre de la scène, saute, harangue la foule avec ses célèbres pancartes et entraîne tout le monde dans sa folie. À ses côtés, Nico Loco, El Mitcho et El Floco ne relâchent jamais la pression. La rythmique est implacable, les riffs font mouche et chaque morceau déclenche son lot de circle pits et de slams. Mais le moment le plus marquant reste sans doute cette pluie de crocodiles gonflables qui envahit la fosse. Les festivaliers s’en servent comme planches pour surfer au-dessus du public dans une succession de stage-divings aussi improbables que jubilatoires. Une image complètement déjantée, à l’image de LOCOMUERTE : généreuse, festive et totalement incontrôlable. La troisième journée du Hellfest ne pouvait pas rêver meilleur lancement.

FALSE REALITY – Warzone – 11h05

Après le tourbillon festif de LOCOMUERTE, on court vite pour rejoindre la Warzone pour venir découvrir les londoniens de FALSE REALITY. En préparant le Hellfest, leur nom avait immédiatement attiré l’attention. Un groupe de Hardcore mené par une chanteuse aux hurlements ravageurs, il n’en fallait pas beaucoup plus pour piquer notre curiosité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on n’a pas été déçus.

Le groupe n’a que trois ans d’existence mais il s’impose peu à peu comme l’un des nouveaux visages les plus prometteurs du Hardcore crossover britannique. Leur musique mêle l’agressivité du Hardcore à des riffs Thrash hérités de groupes comme Trapped Under Ice, Backtrack ou encore du Sepultura des débuts (Ndlr : la chanteuse porte d’ailleurs sur scène un t-shirt de Beneath the Remains). Le résultat est brut et compact. Les titres s’enchaînent comme autant de coups de poing, à l’image de ceux de Faded Intentions, leur premier album paru fin 2025 et salué par Kerrang! parmi les meilleures sorties de l’année.

Même si la Warzone est encore loin d’être pleine en cette fin de matinée, les premiers rangs répondent immédiatement à l’appel. Wall of death, two-step, windmills et kick moshing s’enchaînent dans une fosse qui s’agite doucement. Sur scène, Rachel Rigby mène les opérations, portée par un groupe qui joue chaque titre comme si la scène était sur le point de s’écrouler. 
Une belle découverte et un groupe que l’on reverra sans doute volontiers à Clisson… mais la prochaine fois, à un horaire qui lui permettra de toucher un public encore plus large.

CABAL – Altar – 13h10

Après cette belle découverte britannique, retour sous l’Altar pour la deuxième découverte du week-end : CABAL.
En préparant le running order, les Danois avaient déjà retenu l’attention. Sur le même créneau, il y avait bien les Français de FANGE sur la Valley, mais on les avait vus en mars dernier au Headbang Festival et leur univers oppressant semblait davantage taillé pour une fin de journée. Quant à ESCUELA GRIND, l’écoute préalable n’avait pas vraiment convaincu. Le choix s’est donc porté sur CABAL et il s’est révélé payant.

Même si on est pas un grand fan de Deathcore, il y a des groupes comme CABAL qui te reconcilie avec le style. Dès les premiers morceaux, les Danois imposent un mur de son massif qui t’écrase au sol. C’est lourd, brutal, sans fioritures et terriblement efficace. Les breakdowns s’enchaînent, la fosse répond immédiatement et l’Altar se transforme rapidement en terrain de jeu pour les amateurs de moshparts.

Un détail saute rapidement aux yeux : l’absence du bassiste, ce qui ne semble pas déséquilibrer la prestation. Par ailleurs, le guitariste Arsalan Sahba multiplie les interventions en scream tout en bondissant aux quatre coins de la scène, apportant une énergie permanente. Au centre, Andreas Bjulver impressionne autant par sa présence que par sa puissance vocale. Un peu dans le genre bogosse métalleux, on devine sous son t-shirt limite crop top sa musculature de viking (ils sont danois donc viking aussi , non ?). Andreas communique facilement avec le public, ponctuant le set de quelques mots en français qui font mouche.

Pendant une quarantaine de minutes, CABAL déroule une setlist d’une dizaine de titres sans jamais relâcher la pression. On aura droit ici aussi à un immense circle pit ainsi qu’à un wall of death qui  écarte totalement le public aux bordures d’Altar. Une belle surprise et un groupe à suivre ces prochaines années sur le scène Deathcore.

NON EST DEUS – Temple – 13h55

On se glisse juste à côté vers la Temple pour assister au concert de NON EST DEUS, l’un des plus intrigants de cette édition. Car oui, on aime le Black Metal, on aime quand les artistes sont encapuchonnés et on aime quand ça promet d’être théâtralisé.

Derrière ce projet se cache Noise, le mystérieux chanteur de KANONENFIEBER, qui délaisse cette fois les tranchées de la Première Guerre mondiale pour s’attaquer à un autre sujet : la religion et ses dérives. À l’origine simple projet solo, NON EST DEUS puise dans les récits bibliques et les symboles religieux pour évoquer la foi, la culpabilité, la souffrance ou encore la décadence humaine. Mais c’est surtout en live que le projet prend toute sa dimension. 

Dès l’entrée en scène, le décor est planté. Vêtu comme un souverain pontife déchu, Noise est suivi de ses 3 musiciens encapuchonnés en longues bures blanches maculées. Difficile de ne pas repenser – dans un style plus clean – au passage de BATUSHKA sur cette même scène en 2024. Le groupe ouvre naturellement avec la musique de « Prayer I », introduction de son tout nouvel album Blessings and Curses, paru en avril dernier, avant d’enchaîner directement avec « Show mercy ». Les musiciens font d’abord leur apparition dos au public, prosternés face à un immense backdrop représentant le chœur d’une église. Quelques croix envahies de lierre complètent cette scénographie qui plonge immédiatement la Temple dans une ambiance liturgique. Après un début presque solennel, le rituel s’intensifie. Noise abandonne son pupitre pour arpenter la scène avec une énergie bien plus féroce. Par ailleurs, ses quatre musiciens masqués (et on se demande comment ils font avec cette chaleur) déploient un Black Metal plutôt mélodique porté par des riffs  accrocheurs. Le nouvel album est largement mis à l’honneur avec « Forgive me », « The indulgence » et « Transgression », tandis que « Flagellation », « Save us », « Fuck your God » et « Burn it down », issus du 3eme album Impious, viennent compléter la setlist.

Visuellement et musicalement, c’est une réussite. NON EST DEUS c’est une expérience où musique, décors et théâtralité ne font plus qu’un. Une prestation qui confirme que le projet possède une identité propre, bien au-delà de l’ombre de Kanonenfieber.

HEADKEYZ – Hellstage – 14h40

À peine les dernières notes de NON EST DEUS résonnent-elles sous la Temple que l’on file vers le Hellcity pour rejoindre la Hellstage. Les Montpelliérains de HEADKEYZ s’apprêtent à monter sur scène et, pour un groupe que l’on suit depuis ces dernières années, impossible de manquer ce rendez-vous. Jouer ici, au Hellfest, représente une véritable étape dans leur parcours.

En jetant un œil à la setlist avant le début du concert, on constate que les morceaux retracent parfaitement l’évolution du groupe. On passe du premier album jusqu’au second, avec naturellement les titres les plus marquants de leur répertoire. De quoi offrir un set équilibré, pensé autant pour les fidèles que pour les curieux.

L’introduction retentit, les cinq musiciens apparaissent vêtus de noir et « The Cage » lance immédiatement les hostilités. Dès les premières notes, les premiers rangs donnent de la voix. On comprend vite qu’une partie du public connaît déjà parfaitement le groupe. Stella, arrivée à la guitare il y a un peu plus d’un an, a même droit à son propre fan-club venu brandir une banderole à son nom. « Killing God », « Passenger » puis « Run Run Run » confirment la bonne dynamique, tandis que la foule devant la Hellstage a gonflé de volume.
La seconde partie du concert, consacrée aux morceaux du dernier album, fait encore monter l’intensité d’un cran. « The Keys », « Rotten Party », « Intoxicated », « Viking » et « The Crown » emportent définitivement l’adhésion. Dans le public, on aperçoit même Fiona, héroïne des clips du groupe, se laisser porter jusqu’à la scène en stage diving au milieu d’une foule acquise.

Musicalement, HEADKEYZ livre un concert très solide. Les guitares de Timothée et Stella se répondent parfaitement. La section rythmique formée par Sam à la basse et Sylvain à la batterie fait groover l’ensemble. Quant à Adrien, il maîtrise son public avec aisance, allant jusqu’à faire accroupir toute la fosse avant un énorme saut collectif. Mais au-delà de la qualité du concert, c’est surtout le plaisir affiché par les montpelliérains qui marque les esprits. Les sourires ne quittent jamais leurs visages. Et on les comprend : jouer sur la Hellstage du Hellfest est une belle consécration pour un groupe qui ne cesse de grandir.

PIGS, PIGS, PIGS, PIGS, PIGS, PIGS, PIGS – Valley – 16h10

Sur ce créneau, à la base, aucun plan précis. La direction de la Valley s’est imposée grâce à la recommandation d’une connaissance et, d’autre part, parce que ce nom à rallonge avait immédiatement coché la case « groupes à découvrir ».

En arrivant, la Valley est déjà bien garnie. Elle ressemble d’ailleurs de plus en plus à la vallée de la mort. L’herbe a disparu sous les pas des festivaliers, la poussière vole dans l’air et chacun tente de grappiller un coin d’ombre. En traversant la fosse, pour atteindre l’accès photographes, on voit qu’un immense backdrop noir affiche en lettres orange le nom du groupe en mode défilant façon générique de Star Wars. Musicalement, on ne sait absolument pas à quoi s’attendre. On sait simplement qu’ils sont Anglais et qu’ils jouent du Stoner. 

Les Britanniques débarquent sur « For those about to Rock (We salute you) » d’AC/DC, déclenchant immédiatement les acclamations du public. Un bon vieux AC/DC ça passe toujours ! Bref, une entrée parfaite avant de lâcher durant 40 minutes un Stoner Metal psychédélique aussi massif qu’hypnotique.

Premier constat : impossible de nier leurs origines britanniques tant leur style est décalé. Le guitariste à droite de la scène a un quelque chose d’Angus Young tandis que le bassiste joue pieds nus. Quant au frontman Matthew Baty (Ndlr : on apprendra son nom plus tard), lui aussi sans chaussures, il semble sortir d’une séance de sport des années 80 débarquant en short et débardeur noirs avec une moustache qui rappelle Freddie Mercury. Sur scène, il est inépuisable. Sa voix rocailleuse évoque parfois Lemmy Kilmister, dont la statue trône à quelques mètres de là comme un témoin bienveillant de cette déferlante sonore. Le groupe assène des riffs épais, répétitifs et presque hypnotiques qui embarquent progressivement toute la Valley. Matthew Baty descend même jusqu’aux barrières pour haranguer le public qui fond au soleil.  En remontant sur scène, il lance : « On vient de Newcastle, en Angleterre. On n’est pas faits pour cette chaleur ! » Une remarque qui fait rire le public mais n’empêche pas quelques remous dans la fosse.

Sans artifices mais avec une énergie communicative, Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs signe une nouvelle découverte de cette édition. Un concert, un peu sauvage mais généreux, qui montre que la Valley est aussi un terrain pour dénicher des pépites au Hellfest.

GOD IS AN ASTRONAUT – Valley – 17h45

Finalement, comme le dit le proverbe, le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. L’annulation des frères Cavalera, suite à l’accident de leur tour bus avec un malheureux canard, a résolu un autre dilemme du running order. Le temps d’aller se chercher une pinte de cidre et on reste sur la Valley pour attendre les Irlandais de GOD IS AN ASTRONAUT. Le groupe des frères jumeaux Torsten et Niels Kinsella tire d’ailleurs son nom d’une réplique du film Cabal de Clive Barker, un classique fantastique du début des années 90. Rien à voir donc avec les Danois de CABAL vus plus tôt dans la journée.

Sous une Valley noire de monde, les Irlandais offrent une respiration bienvenue au milieu de cette journée intense. Depuis plus de vingt ans, leur Post-Rock instrumental navigue entre envolées aériennes, nappes électroniques et atmosphères contemplatives. Sur scène, la violoncelliste Jo Quail, installée au centre, apporte une profondeur supplémentaire aux compositions déjà bien immersives.

Le voyage débute avec les délicates notes de « Fragile » avant d’enchaîner « Suicide by Star ». Deux morceaux de leurs débuts qui passent le relais aux plus récents « Seance room », « Oscillation » puis « Embers ». Peu à peu, la foule se laisse porter. Ici, pas de circle pit ni de wall of death. Chacun vit le concert à sa manière, les yeux souvent rivés vers la scène. Leur concert aurait gagné encore en intensité au coucher du soleil, tant cette musique semble faite pour accompagner les dernières lueurs du jour.

Le final sur « From dust to the beyond » referme cette parenthèse avec beaucoup d’élégance. Merci à GOD IS AN ASTRONAUT pour cette respiration avant le retour des décibels. Indéniablement, la Valley reste le refuge idéal pour ceux qui aiment autant voyager avec les émotions qu’avec les riffs.

ENHANCER – Mainstage 1 – 18h35

Il y a des informations qui passent parfois complètement à côté. La fatigue commence sans doute à faire son œuvre car jusqu’à arriver à cet instant devant les Mainstages, on n’avait tout simplement pas fait attention que TOM MORELLO avait annulé. Une vraie déception. On rêvait de le revoir après sa venue en 2024, où l’on s’était retrouvé à hurler les refrains de Rage Against The Machine avec deux autres festivaliers devenus, le temps du concert, de véritables frères de Metal. Aussi, c’est en arrivant au pas de course vers l’accès photographes des Mainstages qu’un ami nous lance :
– « Qu’est-ce que tu fais là ? Je croyais que t’aimais pas trop ENHANCER ? »
– « Hein ? Quoi ? C’est pas Morello ? »
Et là, tout s’éclaire. Les horaires ont été décalés et le dilemme qu’on avait soigneusement préparé s’envole. Si on l’avait su plus tôt, on serait allé voir ORANSSI PAZUZU sous la Temple. Mais le concert suivant étant ANTHRAX sur la Mainstage 2, autant rester sur place.

Il faut reconnaître qu’ENHANCER n’a jamais vraiment fait partie de nos groupes de chevet. À l’époque du Nu-Metal français, on était passé un peu à côté. Du coup, ce concert est davantage subi que véritablement attendu. Pourtant, impossible de nier que le public, lui, est aux anges. Sur scène, l’impression est assez particulière. Entre les nombreux invités qui défilent – Niko de THE ARRS, Joey Starr, les membres de PLEYMO –  on a parfois davantage l’impression d’assister à une gigantesque répétition entre amis qu’à un concert classique. Le son étant un peu brouillon mais c’est aussi ce qui fait le charme de la prestation. Tout le monde semble simplement heureux d’être là.

Le groupe enchaîne ses classiques comme « Street Trash » ou « Cinglés », tandis que le frontman David Giltis reste fidèle à lui-même Il bondit dans tous les sens, descend dans le public et transforme la Mainstage en immense terrain de jeu.
Même si ce n’était clairement pas le concert de la journée pour nous, difficile de ne pas apprécier cette ambiance bon enfant. ENHANCER a offert une grande fête nostalgique à toute une génération, et les sourires affichés dans la fosse valaient largement toutes les imperfections du monde.

Le retour d'Enhancer au Hellfest 2026 - © Under a Metal Sun

ANTHRAX – Mainstage 2 – 19h30

Sur cette édition 2026, le Hellfest a eu la bonne idée de programmer deux membres du mythique « Big 4 » le même soir. Hasard ou clin d’œil, difficile à dire. Si beaucoup avaient les yeux tournés vers MEGADETH et sa tournée d’adieu, le choix était déjà fait de notre côté : ce serait ANTHRAX. Une autre légende du Thrash que l’on n’avait encore jamais eu l’occasion de voir en live. Voilà une case de plus qui disparaît de la liste des groupes à voir.

Dès les premières minutes, les New-Yorkais montrent pourquoi ils font partie des piliers du genre depuis plus de quarante ans. Le concert est d’une efficacité redoutable. Pas de temps mort, une exécution impeccable et une succession de classiques qui font mouche à chaque fois. Scott Ian, Frank Bello et Joey Belladonna affichent toujours la même complicité et une énergie qui semble défier le temps.

La setlist alterne habilement les incontournables comme « Among the Living », « Madhouse », « Medusa », « Indians » ou l’inévitable cover « Antisocial« , reprise en chœur par des milliers de festivaliers. Impossible de ne pas sourire en voyant toute la Mainstage se transformer en gigantesque karaoké sur ce classique signé TRUST.
Le groupe en profite également pour dévoiler « It’s for the kids », premier extrait du prochain album prévu pour septembre. ANTHRAX a livré un concert carré, généreux et terriblement efficace. Une démonstration de savoir-faire signée par l’une des formations les plus incontournables de l’histoire du Thrash.

AMENRA – Valley – 21h40

Après une journée largement partagée hier entre Altar et Temple, ce samedi voit un peu la même direction mais avec le couple Valley/Warzone. Aussi, on poursuit encore sur la Valley avec les belges d’AMENRA, dont là aussi c’est notre premier live. Pour avoir déjà vu des extraits vidéos de leurs concerts, l’ambiance est toujours spéciale. Et dès les premières minutes, on comprend que l’on n’assiste une fois de plus pas qu’à un simple concert mais à une nouvelle expérience.

La scénographie reste fidèle à l’identité du groupe. Un univers austère en noir et blan où Colin H. Van Eeckhout au chant passe la majeure partie du set tourné vers la batterie plutôt que vers le public. Un choix artistique déroutant au premier abord pour les néophytes mais qui renforce ce sentiment d’introspection permanente. Ici, aucun discours entre les morceaux : seule la musique compte.
La setlist déroule sept compositions bien choisies dans leur répertoire, de « Boden » en introduction à « Diaken » pour le final, en passant par les bouleversants « Plus près de toi », « De Evenmens », « Am Kreuz » et surtout « A solitary reign » qui semble figer toute la Valley. Le silence qui règne entre les applaudissements en dit long sur l’intensité du moment. Les jeux de lumière, les volutes de fumée et la puissance du son plongent le public dans une atmosphère aussi pesante que fascinante.

Sans grands effets ni de démonstration technique, AMENRA crée sa propre bulle, comme suspendue hors du temps. AMENRA c’est une musique viscérale, portée par des cris déchirants et des montées en tension qui touchent en plein cœur.  Cet une musique exigeante qui demande à son auditoire de faire l’effort d’entrer dans cette bulle car un concert d’AMENRA ne se regarde pas vraiment… il se ressent.

LIONHEART – Warzone – 22h45

Changement d’ambiance radical après la parenthèse introspective d’AMENRA. Direction la Warzone pour retrouver les Californiens de LIONHEART. Probablement l’un des groupes ayant parcouru le plus de kilomètres pour rejoindre Clisson cette année. Depuis la côte Ouest des États-Unis, les maîtres du Hardcore débarquent avec une seule mission : tout casser !

Dès son entrée sur scène, le frontman Rob Watson impressionne. Casquette vissée sur la tête et carrure de quarterback, le colosse n’a même pas besoin de forcer pour capter l’attention. Le concert démarre sur un morceau en featuring avec le chanteur de KUBLAI KHAN, avant que le groupe n’enchaîne sans le moindre temps mort.

Depuis plus de vingt ans, LIONHEART s’est imposé comme une référence du Hardcore américain et cela s’entend immédiatement. Les riffs sont massifs, les breakdowns font trembler le sol et les mosh parts s’enchaînent avec des passages two-step qui transforment la fosse en véritable zone de combat. Et le bassiste enflamme davantage le pit lorsqu’il lance : « This stage is THE Hellfest !!! ».

Le moment le plus marquant arrive lorsque Rob Watson ordonne à toute la Warzone de s’accroupir avant un énorme jump collectif. Voyant quelques irréductibles rester debout, il les recadre avec humour mais fermeté : « J’ai 40 ans et je peux le faire… alors toi aussi tu peux ! » Message reçu cinq sur cinq. Une seconde plus tard, toute la fosse explose. LIONHEART livre un set sans compromis, brutal et terriblement efficace.

CULT OF LUNA – Valley – 23h50

En tête d’affiche de cette 3eme journée, on fait la clôture de la Valley avec les Suédois de CULT OF LUNA qu’on avait pas encore eu l’occasion de voir sur scène depuis toutes ces années. Après AMENRA un peu plus tôt, on repart pour un nouveau concert de type « expérience » car ici le Post-Metal se vit autant qu’il s’écoute.

CULT OF LUNA déroule une setlist de six titres de « Cold burn » à « Blood upon stone », en passant par « In the shadow of your shadow », « The weapon », « Leave me here » et « In awe of ». Chaque morceau fait monter la tension un peu plus, porté par un son colossal où les deux batteries donnent une profondeur et une puissance impressionnantes.

Visuellement, entre les stroboscopes, les contre-jours permanents, la fumée et les musiciens réduits à l’état de silhouettes, immortaliser le concert relève de l’exploit. Mais cette mise en scène participe pleinement à l’identité du groupe et renforce cette impression d’assister à une cérémonie hypnotique ce qui nous rappelle nos groupes français d’HYPNO5E et de CELESTE.

La Valley, une nouvelle fois pleine à craquer, se laisse absorber par cette performance où chaque riff résonne comme un coup de tonnerre. Une conclusion puissante et cohérente pour cette scène, qui referme sa troisième journée sur une note aussi sombre que magistrale… mais pour nous il reste encore à faire la fermeture de la Warzone.

HATEBREED – Warzone – 00h55

Au fil des éditions, une petite tradition s’est installée à savoir terminer le samedi soir à la Warzone, quel que soit le groupe à l’affiche. Sans doute parce que l’on sait que le lendemain marquera déjà le début des adieux au Hellfest, avant une longue année d’attente. Et avant que cette ultime journée n’achève définitivement les organismes, et surtout les pieds, il y a quelque chose de presque réconfortant à venir une dernière fois assister, sous la lune, à cette joyeuse bagarre collective où, derrière les circle pits et les slams, règne une véritable fraternité.

Cette année, ce rituel est confié aux Américains de HATEBREED. Et quel meilleur choix ? On se souvient encore de la première fois où on les avait vus. C’était au début des années 2000, en première partie de la tournée Nation de SEPULTURA, alors fraîchement privé de Max Cavalera. Eux étaient encore de jeunes loups, nous aussi, collés aux barrières du premier rang. Ce soir-là, la claque avait été monumentale.

Vingt ans plus tard, l’effet est toujours le même. Le line-up a très peu changé, l’intensité non plus. Après l’inévitable « Ace of Spades » de MOTORHEAD diffusé en introduction, HATEBREED déboule avec « I will be heard » et ne relâchera plus jamais la pression. Les morceaux s’enchaînent à un rythme infernal, puisant largement dans les quatre premiers albums, avec une place de choix accordée à l’incontournable Perseverance.

Jamey Jasta, bien plus bavard qu’autrefois, prend régulièrement le temps d’échanger avec le public. Il demande qui a déjà vu HATEBREED et remercie les fidèles qui les suivent depuis trois décennies, puis demande chaleureusement qui découvrent le groupe ce soir et les accueille avec un « Welcome to the crew ». Une phrase qui résume parfaitement l’esprit de la Warzone.

Pendant une heure, la fosse ne connaît aucun répit. Les slammeurs se succèdent sans interruption, y compris plusieurs festivaliers en fauteuil roulant, portés à bout de bras par une foule toujours aussi bienveillante. « Looking down the barrel of today » vient finalement refermer cette décharge d’adrénaline. Les lumières se rallument, le calme revient peu à peu et la Warzone n’est plus qu’un tapis de gobelets écrasés et de souvenirs laissés au sol. Il est temps de rentrer. Demain sera déjà le dernier jour…

Cette troisième journée aura une nouvelle fois démontré toute la richesse du Hellfest. Entre les découvertes, les confirmations de groupes incontournables et prestations mémorables, ce samedi a offert un concentré de tout ce qui fait l’ADN du festival. Des styles qui se croisent, des émotions qui s’enchaînent et une passion commune qui rassemble des milliers de festivaliers.

Malgré les annulations de dernière minute qui ont quelque peu rebattu les cartes, la programmation a largement tenu toutes ses promesses. De la fiesta de LOCOMUERTE aux derniers breakdowns de HATEBREED, en passant par les voyages sonores proposés par la Valley, cette journée aura été aussi variée qu’intense.

Les jambes commencent désormais à se faire lourdes, les appareils photo mériteraient bien quelques heures de répit et les premiers regards nostalgiques apparaissent déjà. Mais il est encore trop tôt pour penser au retour à la réalité. Il reste un dernier chapitre à écrire, une ultime journée à vivre pleinement. Et au Hellfest, les adieux réservent souvent leurs plus belles émotions.

Envie de prolonger le voyage en enfer ?

Chaque journée a eu son lot de moments forts, de découvertes et de shows dantesques. Ne manquez pas les autres chroniques complètes, jour par jour, pour revivre chaque instant comme si vous y étiez :
Lieu : HELLFEST
Ville : Clisson (44)

Date : 20/06/2026