ELEST – « The cruelty of wisdom »
Avec The cruelty of wisdom, les Montpelliérains d’ELEST livrent un second album qui ne se contente pas de confirmer mais plutôt de redéfinir les contours de leur identité. Actif depuis 2012, le groupe a pris le temps de construire son univers, depuis les premiers singles « Angst » et « Antonius Block » en 2015, jusqu’à On the King’s command (2016), puis l’E.P Of Gold & Blood en 2023.
Dès les premières écoutes, une évidence s’impose : si vous avez connu ELEST à ses débuts, il est clair que le groupe a pris un sacré virage. Ils évoluent dans un style que les non initiés qualifieraient de moins « criard »… mais personnellement on aimait aussi l’ancien ELEST et on espère que les anciens morceaux seront toujours joués en live. Ce changement ne sonne pas comme une rupture brutale, mais plutôt comme une évolution assumée. Là où le groupe explorait auparavant des territoires fortement marqués par le Noise Hardcore et une rage vocale abrasive dans l’esprit de Josh Scogin (The Chariot), The cruelty of wisdom opère un recentrage vers des influences plus classiques du Metal. Le spectre s’élargit également vers des textures plus chaudes empruntées au Stoner et au Blues Rock, dans la lignée de Kyuss ou Queens of the Stone Age. Quant au chant, plus clair, il gagne en nuances et en expressivité, apportant une nouvelle profondeur émotionnelle.

Pour autant, ELEST ne renie rien de ses racines. Les guitares restent massives, souvent dissonantes, héritées de groupes comme Mastodon, Botch ou Converge. Ce mélange d’influences variées continue de faire leur force et l’album se distingue par cette richesse musicale. Chaque morceau semble porter sa propre identité : teintes Death Metal sur « The triumph of Death« , teintes de Metalcore sur le riff de départ de « General Ludd« , respiration Post-Rock sur « While Cebenna sleeps« , ou encore final plus ambient et expérimental avec « Lonely road to eternity« . Cette diversité, loin de fragmenter l’ensemble, renforce sa cohérence grâce à un fil conducteur subtil : une recherche constante d’équilibre entre tension et harmonie, notamment via un accordage singulier en do suspendu qui donne cette couleur si particulière.
Au-delà de la musique, The cruelty of wisdom se révèle profondément habité. Les thématiques abordées – la mort, le deuil, la conscience de la finitude – traversent l’album avec sincérité. Sans jamais tomber dans la démonstration, ELEST installe une atmosphère introspective, parfois sombre, souvent poignante.
Composé de 10 titres solidement construits, l’album bénéficie d’une production soignée qui met en valeur chaque nuance. L’ensemble s’écoute avec une vraie fluidité, au point que ses presque 40 minutes défilent presque un peu trop vite.
Avec ce nouvel opus, en élargissant son spectre musical, ELEST s’offre une nouvelle dimension. Une évolution audacieuse, mais maîtrisée, qui pourrait bien leur ouvrir des horizons plus larges, sans jamais trahir ce qui fait leur singularité.
Si vous êtes du côte de Montpellier le 18 avril 2026, ne manquez pas leur release party à l’Antirouille.


