MESSALINA – « Golden wounds »
Il y a des premiers E.P qui tâtonnent, cherchent encore leur voie. Et puis il y a ceux qui arrivent avec une identité déjà forte. Avec Golden Wounds, les Niçois de MESSALINA signent une entrée en matière aussi sombre qu’enivrante, quelque part entre Rock lourd et mélancolie Post-Metal. Six morceaux seulement mais suffisamment d’intensité pour laisser une empreinte durable.
Originaire de Nice, le quatuor réunit des musiciens loin d’être inconnus de la scène française. On y retrouve notamment deux anciens de SVART CROWN, actuellement actifs au sein d’IGORRR : J.B Le Bail à la guitare et au chant et Rémi Serafino à la batterie. À leurs côtés, issus de THE SUPREME NIGHTCLUB, Aymen Mahjoubi assure chant et guitare tandis qu’Alexis Fedunizin tient la basse. Une formation qui affiche déjà une vraie maturité musicale. Ici, tout est au service de l’atmosphère et de l’émotion.
Le choix du nom MESSALINA n’a évidemment rien d’anodin. Le groupe emprunte son identité à Messaline, troisième épouse de l’empereur Claude dans la Rome antique, figure aussi fascinante que sulfureuse. Dépeinte par l’Histoire comme manipulatrice, avide de pouvoir et de plaisirs, elle est devenue au fil des siècles un symbole de désir incontrôlé, de décadence et de chute. Une image qui colle parfaitement à l’univers développé par le groupe : un monde où la douceur flirte constamment avec l’autodestruction. Cette dualité traverse l’intégralité de Golden Wounds, jusque dans ses ambiances les plus étouffantes.

Dès le morceau d’ouverture éponyme, MESSALINA impose sa patte. Les guitares avancent lentement, presque comme un brouillard épais, avant de laisser exploser un refrain émotionnel empli d’envolées mélancoliques portées par la voix suave d’Aymen. Le groupe joue constamment sur les contrastes : lourdeur et fragilité, tension et abandon, saturation et respiration.
L’E.P brille également par ses collaborations particulièrement bien choisies. « No color », avec Tim De Gieter de DOODSESKADER, pousse encore plus loin la noirceur du projet avec une approche presque suffocante. « Narrow chase », en featuring avec KABBEL, apporte quant à lui une touche plus électronique et industrielle qui enrichit encore davantage le spectre sonore du groupe. Enfin, « Born again » clôt l’E.P de manière presque mystique grâce à la présence de Raven van Dorst de DOOL, dont la voix apporte une profondeur émotionnelle saisissante.
Parmi les morceaux les plus marquants de l’E.P, « Cold as before » mérite une attention particulière (Ndlr : c’est notre coup de coeur). Plus minimaliste en apparence, le titre installe pourtant une tension émotionnelle ici redoutable. MESSALINA y ralentit le tempo pour mieux laisser respirer sa mélancolie, avec des guitares flottantes et une rythmique presque mécanique qui donnent au morceau une sensation d’errance froide et hypnotique. Derrière son apparente simplicité, « Cold as before » agit comme une lente descente dans les failles émotionnelles du disque, tout en dévoilant l’une des facettes les plus sensibles et poignantes de MESSALINA.
Au-delà des compositions elles-mêmes, Golden Wounds impressionne aussi par la qualité de sa production. Mixé par Jimbo Goncalves au Studio du Vieux Couvent puis masterisé par Thibault Chaumont, connu pour ses travaux avec Carpenter Brut, Mass Hysteria ou encore Azelma, l’E.P bénéficie d’un son ample, organique et hypnotique qui sublime parfaitement cette noirceur élégante.
Ce qui frappe surtout chez MESSALINA, c’est cette capacité à rendre ses morceaux immédiatement prenants sans jamais sacrifier leur profondeur émotionnelle. Le groupe ne cherche pas à écraser l’auditeur par la force. Il préfère l’attirer lentement dans ses zones d’ombre, jusqu’à rendre l’ensemble presque addictif.
Avec Golden Wounds, MESSALINA ne se contente pas de livrer un premier E.P prometteur. Entre Rock lourd, atmosphères Doom, touches Shoegaze et éclats Post-Metal, Golden Wounds nous embarque dans un univers aussi élégant que tourmenté. Des blessures dorées, oui… mais surtout des cicatrices qui brillent encore longtemps après la dernière note.

