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BRÜLE – « Beltane »

Formé en 2023, BRÜLE est un trio originaire de Perpignan qui regroupe Arno Bechet (chant, guitare), Jean-Marc « Juan » Prats (basse) et Carla Boccand (batterie). Après un premier album, L’oeuvre au noir paru en 2024, le groupe catalan revient avec Beltane, second opus enregistré au studio Record It et sorti le 1er mai dernier. Une date loin d’être anodine.

Beltane : quand le feu remplace les ombres

Dans les traditions païennes européennes, Beltane marque le retour de la lumière. Fêté le 1er mai et situé six mois plus tard à l’opposé de Samhain dans « la roue de l’année« , ce sabbat célèbre la fertilité, la croissance, la floraison et le renouveau. Là où Samhain regarde vers le passé, les morts et la saison sombre, Beltane invoque la chaleur, le désir et la vie.
Autant dire que sortir un album intitulé Beltane précisément le 1er mai relève autant du sens du timing niveau communication que du rituel parfaitement exécuté. Et dès les premières minutes, BRÜLE nous invite clairement à rejoindre la cérémonie.

Un Stoner/Doom occulte et massif

Avec ses sept titres pour un peu plus de quarante minutes, Beltane continue d’explorer ce Stoner/Doom occulte aux sonorités Heavy que le groupe avait déjà solidement installé sur son premier disque. Mais cette fois, tout paraît plus affirmé. Les riffs sont plus lourds, les ambiances plus travaillées et l’identité du groupe saute immédiatement aux oreilles. Ce qui nous permet de savourer pleinement les montées en puissance sur certains morceaux et surtout de se délecter de ce son massif fuzzé à souhait.

L’album s’ouvre sur « Thélème » avec son introduction mystique idéale pour lancer le sabbat. Une montée lente, presque cérémonielle, avant qu’un riff massif et entêtant ne vienne s’imposer. Et surprise, c’est en français que la voix d’Arno résonne; les autres titres étant tous en anglais. Un choix qui fonctionne parfaitement tant sa voix apporte ici une dimension presque incantatoire, avec un grain plus rock. Le morceau fait référence d’une part à l’abbaye de Thélème, décrite par François Rabelais dans son œuvre Gargantua. Lieu où la liberté n’a pas de limite et où les règles sont remplacées par le libre arbitre mais régi par un ordre implicite. Les Thélémites sont poussés au bien par une conscience morale qui rappelle le concept théologique de syndérèse. Référence également à Thelema d’Aleister Crowley qui est le nom du système philosophique, mystique et religieux qu’il développa par la suite, inspiré par Rabelais. Liberté absolue, quête spirituelle et élévation personnelle : le ton est donné et BRÜLE construit un véritable univers.

Brüle, groupe de stoner/doom originaire de Perpignan

La transition avec « Eyes of God » se fait presque naturellement. Le morceau accentue immédiatement le côté doom du disque avec sa lourdeur hypnotique et ses riffs qui avancent comme une procession lente et écrasante. Puis vient « I’m the black hole », probablement l’un des titres les plus immersifs de l’album. Son introduction envoûtante laisse progressivement place à une montée en puissance parfaitement maîtrisée, où le groupe joue intelligemment avec les dynamiques et les accélérations.
« Hollow Child », le morceau le plus énergique, vient ensuite casser le rythme installé jusque-là. Placé au cœur de l’album, il agit comme une montée d’adrénaline bienvenue avant de replonger l’auditeur dans les brumes occultes du disque.

Par ailleurs, impossible également de ne pas souligner le travail de la section rythmique. Carla et Jean-Marc forment un socle impressionnant tout au long du disque. Une batterie précise, capable d’alterner lenteur écrasante et accélérations, soutenue par une basse épaisse et vibrante qui participe énormément à cette sensation de masse sonore permanente.

Ensuite c’est au tour de « Enter the cult », deuxième single dévoilé avant la sortie de l’album. Dès le départ, une ambiance inquiétante est posée : son de cloches dans le lointain, petit vent qui souffle évoquant un lieu sans âme qui vive. BRÜLE prend le temps d’installer son décor avant de faire exploser le titre. Le groupe y évoque une ancienne religion perdue, les rites liés au dieu iranien Mithra et cette idée de sacrifice nécessaire pour accéder à une forme d’élévation spirituelle. Mais comme l’indique le groupe : « Et la question demeure alors, est-ce qu’entrer dans le culte, c’est se perdre ou se trouver soi-même ? » Mais au-delà du propos, c’est surtout la manière dont le morceau progresse qui impressionne. BRÜLE maîtrise à nouveau l’art du crescendo. Chaque riff, chaque accélération, chaque montée vocale semble pensée pour entraîner l’auditeur toujours plus profondément dans ce culte obscur. Et quand l’explosion arrive enfin, elle frappe juste. Le morceau, qui porte déjà très bien son nom,  a tout d’un futur titre culte en live.
Enfin, « War machine » vient clore le sabbat et clôturer l’album comme un immense rouleau compresseur. Lourd, tendu, presque suffocant par moments, le titre engloutit définitivement l’auditeur.

Le feu sacré brûle à Perpignan

Beltane est un album sorti en autoproduction qui mérite d’être découvert et diffusé à un large public. Dali indiquait en 1965 que la gare de Perpignan était le centre du monde. En 2026, on pourrait presque ajouter que tout proche y brûle désormais un des foyers les plus inspirés du Stoner/Doom français. Et franchement, il ne serait pas étonnant de voir un jour BRÜLE embraser au Hellfest la scène de la Valley au coucher du soleil…

"Beltane", le 2eme album de BRÜLE
Date de sortie : 01 mai 2026
Label : Auto production

Liste des titres :
  1. Thélème
  2. Eyes of God
  3. I am the black hole
  4. The wild hunt
  5. Hollow child
  6. Enter the cult
  7. War machine