[Live Report] Headbang Festival : jour 2
À peine le temps de reprendre ses esprits après la claque de la veille du samedi que l’on remet déjà le cap sur le 6MIC pour cette deuxième journée du Headbang Festival. Entre recharge express des batteries – humaines comme matérielles – et vidage des cartes SD des appareils photo, la transition est rapide. Il faut dire que ce dimanche démarre plus tôt, avec un premier concert prévu dès 18h.
À l’arrivée, l’ambiance tranche légèrement avec celle du samedi. Une heure avant l’ouverture des portes, l’affluence est plus calme, les parkings moins saturés et le public semble globalement un peu plus âgé. Une impression qui se confirme doucement, même si, au fil des minutes, la salle se remplit et affiche finalement un très bon taux de remplissage, preuve que le festival continue d’attirer largement au-delà du premier soir.
Comme la veille, le 6MIC devient rapidement un lieu de retrouvailles. On recroise des visages familiers, on échange quelques impressions et les discussions vont bon train. C’est d’ailleurs l’occasion de faire une rencontre marquante avec Pascal Gueugue, président de la Fédération Française des Musiques Métalliques. De passage tout le week-end malgré un agenda chargé, il a tenu à faire le déplacement depuis Paris. Preuve supplémentaire de l’intérêt que suscite déjà cette première édition. Petit moment de détente aussi autour d’une blague sur la météo capricieuse, loin de l’image ensoleillée habituelle de la région.
Mais pas le temps de trop traîner. Il est déjà l’heure de rejoindre les confrères photographes au front, aux côtés entre autres de Marc (BGP Music Live) et Phil (l’Esprit Metal). Direction la salle du Club, déjà bien dense, pour lancer cette deuxième journée avec le groupe local Yarostan.
Programme du Dimanche 08 mars :
Yarostan / Fange / Verdun / Shaârghot / Doodseskader / Carpenter Brut / Harakiri for the sky
YAROSTAN : la claque locale
Il est temps d’entrer dans le vif du sujet avec les locaux de YAROSTAN et quelle entrée en matière. La salle du Club plonge dans une ambiance sombre, lumières bleutées tamisées, atmosphère dense… puis les premières notes de « Cathédrales de poussières » s’élèvent. Et là, sans prévenir, le mur de son nous tombe dessus.
Originaire de La Fare-les-Oliviers / Marseille (13), le groupe existe depuis une dizaine d’année… et pourtant, c’est presque une découverte pour moi. Une lacune clairement réparée ce soir , et même plus que ça : un vrai coup de cœur. Honte à moi d’être passé à côté aussi longtemps, surtout pour un groupe du coin.
Sur scène, YAROSTAN impressionne. Trois guitares, une basse, et une densité sonore massive qui oscille entre Post-hardcore et Screamo. Les morceaux s’étirent, respirent, puis frappent fort. On passe de passages aériens à des déferlantes lourdes et écrasantes avec une fluidité remarquable.
Petite surprise au passage, on retrouve Romain d’AZELMA à la troisième guitare, remplaçant Tom (également guitariste de BRONCA), actuellement en roadtrip. Une configuration qui renforce encore cette impression de puissance collective.
Le groupe déroule une poignée de titres « Les mains vides », « Godot », « Magarna », « Jubilé » et capte totalement l’attention. Le public reste concentré, happé par cette intensité presque hypnotique, loin du chaos du pit qu’on a connu la veille.
Une demi-heure plus tard, le constat est simple : YAROSTAN m’a totalement embarqué. Au point de finir la soirée au stand de merch, en mode dernier client avant fermeture, pour prendre un t-shirt et échanger quelques mots avec eux. Prochaine étape, le Hellfest en juin… et cette fois, pas question de les louper. Je serai au premier rang !
FANGE : une plongée suffocante
Changement d’ambiance et direction la grande salle, déjà bien remplie lorsque j’arrive. FANGE a tout juste commencé, et on comprend immédiatement qu’on ne va pas assister à un concert comme les autres.
Formé en 2013, le groupe breton a progressivement façonné un univers à part, d’abord ancré dans le sludge le plus abrasif avant d’évoluer vers des sonorités noise et industrielles toujours plus radicales. Une transformation marquée notamment par l’abandon de la batterie traditionnelle au profit d’une boîte à rythmes, qui renforce encore ce côté mécanique, froid presque inhumain.
Sur scène, cette évolution prend tout son sens. Le son est glacial, poisseux, presque malsain, comme une chape de plomb qui s’abat sur la salle. L’ensemble musical crée une atmosphère oppressante, suffocante, où chaque vibration semble venir te serrer un peu plus la gorge.
À la guitare, on reconnaît Titouan Le Gal, déjà aperçu la veille avec SORCERER, qui participe à cette masse sonore compacte et écrasante. Mais le regard est surtout happé par Matthias, le frontman. Il arpente sans cesse la scène de long en large, incapable de tenir en place. Sa voix, décharnée, hurlée, semble surgir de très loin. Lui même semble être en transe comme possédé.
Pendant près de 40 minutes, FANGE impose un rituel hypnotique, brutal et cathartique. Ici, pas de concession ni de moment de répit. C’est une immersion totale dans une musique viscérale et profondément dérangeante. Une expérience autant sonore que physique.
VERDUN : en route vers un nouveau chapitre
Retour dans la petite salle avec VERDUN, que j’avais découvert lors du Just’N’Fest 2024 et pour lesquels j’avais eu un coup de coeur. Les Montpelliérains ne sont clairement pas venus seuls. Dans le public, on reconnaît plusieurs visages familiers, notamment de l’équipe de What the Fest, venus de Montpellier soutenir les leurs. Une preuve de plus que le groupe fédère bien au-delà de sa ville.
Sur scène, le line-up reste inchangé. Aussi, on retrouve David au chant, Jérôme à la guitare, Florian à la basse et Géraud à la batterie. La machine est parfaitement toujours aussi bien rodée. Mais cette fois, il y a un enjeu supplémentaire : la sortie imminente de leur troisième album, Abyssal Womb. Et ça se ressent immédiatement.
VERDUN est venu défendre un nouveau set, avec des titres inédits qui annoncent la couleur : un son encore plus direct, plus brutal, plus extrême. Dès les premières notes, on se prend une déferlante de lourdeur en pleine face. Le sludge est toujours au cœur de leur identité, massif et écrasant, mais il gagne ici en intensité et en profondeur.
Au centre de tout ça, David livre une prestation toujours aussi habitée. Sa voix porte une tension permanente, entre rage contenue et désespoir assumé. Appuyé par des jeux de lumières sombres et verdâtres, l’ensemble dégage une atmosphère presque apocalyptique, où chaque riff semble peser des tonnes.
VERDUN est une valeur sûre du sludge français qui avance sans perdre son ADN. Et au vu de ce qui a été proposé ce dimanche soir, l’attente autour du nouvel album est plus que justifiée.
SHAÂRGHOT : l’heure de la messe industrielle
On les avait laissés sur la scène Temple du Hellfest en juin dernier, sous une chaleur écrasante… et les voilà de retour au 6MIC, en pleine forme, pour un nouveau rituel.
Placés en milieu de soirée ce dimanche, SHAÂRGHOT confirme immédiatement son statut. Dix ans d’existence, une identité bien marquée et surtout une fanbase solide, visible dès les premiers rangs où les t-shirts du groupe sont omniprésents.
Le cérémonial d’ouverture ne change pas. Skarskin devant les barrières badigeonne les « ombres » de sa fameuse mixture noire, avant que « Let me out » ne lance les hostilités. Et très vite, la machine s’emballe. Entre « Bang Bang« , « Traders must die » et d’autres classiques, la fosse se transforme en véritable dancefloor industriel.
Sur scène, c’est un spectacle total. Brun’O Klose balance des riffs tranchants quand sa guitare ne crache pas des étincelles géantes, Skarskin enchaîne les provocations et les gimmicks jusqu’à lancer de faux billets dans la foule, pendant qu’Etienne, leur frontman, dirige tout ce chaos en chef d’orchestre. Walls of death, circle pits, public assis puis relancé en explosion collective… tout est parfaitement.
L’ambiance est lourde, apocalyptique, renforcée par des lumières verdâtres et cet univers dystopique propre au groupe. Un show physique pour ceux dans la fosse mais qui en jette plein les yeux. Et comme souvent avec SHAÂRGHOT, la fin prend des airs de mise en scène. Skarskin revient téléphone en main, une sonnerie retentit… le répondeur du groupe demande si le public en veut encore. La réponse est immédiate : Évidemment! On finit tous lessivés mais ravis.
DOODSESKADER : cinéma noir en immersion
À peine sorti du chaos de la grande salle, direction le Club pour retrouver une ambiance bien différente. Place à l’intimité… ou plutôt à une forme de tension feutrée avec le duo belge DOODSESKADER.
Composé de Sigfried Burroughs (The K) à la batterie et de Tim De Gieter (Amenra) à la basse/chant/machines, le projet repose sur une formule minimaliste mais efficace. Deux musiciens sur scène, et pourtant une densité sonore impressionnante, entre post-hardcore, influences indus et touches plus éthérées.
Le duo déroule une dizaine de titres, principalement issus de leur derner et second album Year Two, avec des morceaux comme « Innocence (An offering) », « Peine » ou « Bone Pipe ». Les derniers singles récents ont pris également une grande place avec « Celebrity Culture Simp Farm », « Weaponizing my failures » et « No laughter left in me »).
Mais DOODSESKADER, ce n’est pas juste de la musique. Derrière eux, un écran diffuse images abstraites et fragments de textes, venant habiller chaque morceau. L’ensemble devient presque cinématographique, comme un film sombre et expérimental dont ils composeraient la bande-son en direct. Une expérience immersive, entre tension et lâcher-prise.
Sur scène, Tim De Gieter est habité, oscillant entre hurlements et passages plus retenus, pendant que Sigfried martèle sa batterie avec intensité. Le résultat est à la fois froid et hypnotique.
La salle, elle, se laisse porter. Moins de chaos dans le pit, plus d’attention, voire je dirais même de la contemplation. Un moment qui ressort à part dans la soirée. Un moment un peu étrange, sombre… mais suffisamment marquant.
CARPENTER BRUT : la grand-messe cyberpunk
Retour dans la grande salle pour accueillir la tête d’affiche du dimanche : CARPENTER BRUT. Après le passage déjà bien incendiaire de Shaârghot, l’ambiance reste électrique, mais change de dimension. Ici, on bascule dans quelque chose de plus cinématographique, de futuriste et de surtout plus dancefloor.
D’entrée, la scénographie impressionne. Un immense monolithe trône au centre de la scène, encadré par deux écrans géants. L’intro « Deux Ex Machina » retentit, avec ses nappes d’orgue et ses visuels immersifs… avant que le chef d’orchestre Franck Hueso n’entre en scène derrière ses lunettes noires, accompagné de ses deux musiciens.
Le trio enchaîne directement avec ses nouveaux titres « Major threat » puis « Leather Temple » et lance une heure de set sans temps mort. Logique, puisque le dernier album, sorti à peine une semaine avant le festival, est au cœur de la setlist. Sur scène, les beats électro massifs sont désormais soutenus par une vraie section guitare/batterie, apportant encore plus de puissance et de présence à l’ensemble.
Très vite, la salle décolle. Entre les jeux de lumières qui balayent la foule, les projections visuelles et ce mélange de synthwave sombre et de riffs lourds, l’univers est posé : rétrofuturiste, aux accents cyberpunk. L’univers du dernier album jouant pour beaucoup car il évolue en 2077 dans un futur dystopique dirigé par Iron Tusk un tyran totalitaire.
Toutefois, et contre toute attente -ou pas- le public Metal répond présent. Pogos, slams… bref, ça part dans tous les sens. Il suffit de voir la réaction sur des titres comme « Turbo killer » ou « Disco Zombi Italia » pour comprendre à quel point CARPENTER BRUT a su fédérer. Ce qui pouvait sembler atypique il y a quelques années est aujourd’hui parfaitement naturel. La synthwave proposé par Franck Hueso a trouvé sa place dans le cœur des metalleux.
Plus qu’un concert, CARPENTER BRUT propose une véritable immersion, entre film dystopique et rave sombre. Une performance aussi visuelle que sonore, qui confirme son statut de poids lourd et prouve qu’il sait encore se réinventer.
HARAKIRI FOR THE SKY : une clôture en apesanteur
22h45, voilà déjà l’heure du dernier groupe HARAKIRI FOR THE SKY. Un nom que j’attendais de voir en live depuis un moment. J’avais même envisagé de faire 250km jusqu’à Grenoble pour leur date du 7 mars avant que l’annonce du Headbang Festival,à domicile, ne vienne tout remettre en place. Comme quoi, parfois, mieux vaut attendre.
C’est dans la salle du Club que se termine ce week-end et c’est parfait. Une configuration plus intime, qui permet de se rapprocher au plus près des musiciens. Sur scène, les lettres H.F.T.S. sont dressées. Alors que l’on entend les premières notes de « Heal me » les musiciens entre un par un. L’ambiance est immédiatement posée : tamisée, immersive, presque hors du temps. L’immense backdrop, avec cette tête de cerf, impose une esthétique sobre mais efficace, laissant toute la place à la musique.
Pendant près d’une heure, les Autrichiens déroulent un set fluide, enchaînant leurs titres phares issus des 3 derniers albums. « Fire, walk with me« , « You are the scars« , « Without you I’m just a sad song » « With autumn I’ll surrender » ou encore « Sing for the damage we’ve done« . Une succession de morceaux où se mêlent violence contenue et mélancolie profonde.
Leur Post-black Metal, à la fois mélodique et déchirant, navigue entre les envolées de guitares lumineuses et les passages plus sombres de Matthias. Une musique qui parle autant aux tripes qu’à l’esprit, portée par une intensité émotionnelle notamment par le chant de J.J.
Le public, lui, est totalement happé. Moins de chaos, plus de communion. De cette osmose, J.J descendra d’ailleurs chanter dans la fosse sur le dernier morceau. On sent une forme de lâcher-prise collectif, comme si chacun se laissait porter par cette poésie sombre qui clôture parfaitement ces deux jours. Une fin tout en nuances, entre rage et douceur, qui vient poser un dernier voile mélancolique sur le Headbang Festival. Une clôture en beauté !
Cette deuxième journée aura confirmé tout le bien que l’on pensait déjà de cette première édition. Une ambiance différente, peut-être plus éclectique, plus introspective mais toujours aussi intense. Du chaos industriel de SHAÂRGHOT à la poésie sombre d’HARAKIRI FOR THE SKY, en passant par les découvertes marquantes, cette journée du dimanche a bien complété celle du samedi.
Au global, le constat est simple. Le Headbang Festival est une réussite. Le public a répondu présent sur les deux jours, avec une belle diversité de profils et une vraie implication. Une première édition qui prouve qu’il y avait une vraie attente pour ce type d’événement dans la région. Organisation fluide, programmation intelligente mêlant têtes d’affiche solides et scène émergente, ambiance conviviale… tous les voyants sont au vert.
Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Une deuxième édition est déjà annoncée pour mars 2027. Autant dire qu’après un tel week-end, une chose est sûre : on sera au rendez-vous !
