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[Live Report] Headbang Festival : jour 1

On commence donc par la journée du samedi 7 mars, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’affluence est déjà impressionnante. En arrivant aux abords du 6MIC, le constat est immédiat : les parkings sont pleins à craquer et la file d’attente s’étire longuement devant le bâtiment. Un vrai bon signe. Monter un festival Metal de cette ampleur n’est jamais anodin, et voir le public répondre présent dès cette première édition fait franchement plaisir. Pour que ce type d’initiative s’inscrive dans la durée, il fallait du monde… et clairement, les fans ont répondu à l’appel.

Dans la file, les discussions vont bon train et un constat revient souvent : on n’a rarement vu autant de monde pour un concert Metal au 6MIC. Malgré la foule, l’entrée reste fluide et une fois à l’intérieur, l’effervescence est déjà palpable. Entre les stands de merch des groupes, le vestiaire, les bars et le stand du fameux disquaire marseillais Sabre Tooth, ça grouille littéralement de partout. L’ambiance est conviviale, presque familiale. On croise des têtes connues, des membres de groupes locaux, quelques figures de la scène régionale avec qui on échange quelques mots avant de partir retrouver les confrères photographes. La soirée peut commencer.

Soul Splitter : une ouverture brutale

Les hostilités démarrent dans la salle le Club, la plus petite des deux espaces du 6MIC, avec SOUL SPLITTER. Premier groupe du festival et pourtant la salle est déjà bien remplie. Ici, pas de crash-barrières pour les photographes comme pour les premiers rangs. Aussi, il faut rapidement trouver sa place et surtout rester attentif. Le public semble déjà bouillant avant même la première note et l’on comprend vite qu’on a affaire à un vrai public de moshers.

Originaire de Cannes, SOUL SPLITTER débarque avec un Metalcore moderne particulièrement agressif. Depuis 2024, le groupe s’est fait remarquer avec une série de singles incisifs qui se transforment sur scène en véritable déferlante sonore. Dès les premiers riffs, le ton est donné. C’est rugueux, frontal, sans détour. Les guitares claquent avec une sécheresse redoutable et la fosse réagit immédiatement. Le pit s’ouvre, les premiers mouvements de windmill apparaissent, rapidement suivis par du kick moshing bien senti. Les slams commencent même à arriver par l’arrière, preuve que l’intensité monte déjà très vite.

Mené par Charley, figure bien connue de la scène Metal de la Côte-d’Azur, le groupe impose un rythme infernal. Le frontman confirme rapidement sa réputation : présence scénique solide, énergie communicative et une capacité à maintenir la pression sur le public du début à la fin. Deux invités au chant viennent d’ailleurs renforcer cette dynamique. Gaëtan de SPLEEN et Théo d’EMBERSIGHT (ex-Common Enemies) rejoignent le groupe sur scène pour des passages particulièrement nerveux.

Le set est court – une trentaine de minutes – mais l’impact est immédiat. La salle est en ébullition. Le nom de  SOUL SPLITTER prend alors tout son sens. Entre la violence dégagée sur scène et l’intensité de la fosse, on a presque l’impression que le groupe s’est appliqué à nous diviser l’âme à coups de breakdowns.
Une découverte pour certains, une confirmation pour d’autres… mais surtout une ouverture intense qui lance parfaitement ce premier Headbang Festival.

AURORE : Marseille à domicile sur la grande scène

À peine le temps de quitter la chaleur étouffante de la salle du Club qu’il faut déjà se frayer un chemin vers la grande salle. Remonter la foule relève presque de l’exercice sportif, un peu comme un saumon qui remonte le courant, mais l’effort en vaut la peine. La salle est déjà bien remplie. Aux premiers rangs, certains fans ont pris position très tôt derrière les crash barrières pour être aux premières loges lors de la tête d’affiche Rise of the Northstar, mais cela n’empêche pas une bonne partie de supporters locaux d’être venus soutenir le groupe. Et on sent que la fanbase grandit sérieusement à chaque concert.

Alors que « Thriller » de Michael Jackson résonne dans la salle, le public se chauffe en rythme avec des « hey! hey! hey! » repris à pleins poumons. L’ambiance monte d’un cran avant même que les musiciens n’apparaissent. Puis AURORE déboule enfin sur l’immense scène du 6MIC, prêt à défendre son Metalcore mélodique pendant une bonne demi-heure. Le quatuor lance les hostilités avec « Run« , avant d’enchaîner plusieurs titres issus de leur premier album Sparks, sorti en 2023. Fondé autour de Clément au chant et Max à la guitare, le groupe marseillais s’est rapidement fait une place dans la scène locale grâce à un mélange de Metalcore, Hardcore et touches Nu-Metal, le tout teinté d’une sensibilité parfois plus mélancolique.

Sur scène, l’énergie est immédiate. Le public répond présent et l’on sent une vraie connexion entre le groupe et la salle. Normal, AURORE joue un peu à domicile devant son public. Premier moment marquant : Marley le chanteur de SOUL SPLITTER rejoint le groupe pour un featuring bien musclé sur l’un des premiers morceaux. Et petit spoiler pour la suite de la soirée : les featuring seront nombreux tout au long de la soirée.
La communion se renforce encore lorsque le pit s’ouvre pour un wall of death bien senti. Sur « Sparks die young« , la salle entière chante à l’unisson tandis que Clément n’hésite pas à descendre plusieurs fois de scène depuis le début du concert pour venir au contact direct du public. Une attitude qui résume parfaitement l’esprit du groupe : proche de ses fans et pleinement ancré dans la scène locale.

AURORE continue clairement sa montée en puissance. Le groupe travaille d’ailleurs déjà sur la suite, avec de nouveaux singles attendus d’ici la fin 2026 avant un deuxième album prévu début 2027.

SPLEEN : plongée sombre venue de Montpellier

Nouveau changement de salle et retour dans le Club. Lorsque j’arrive, SPLEEN est déjà en place dans une ambiance radicalement différente de ce que l’on vient de vivre sur la grande scène. Ici, la lumière est basse, presque étouffée, et la scénographie plante immédiatement le décor. Deux grands bougeoirs trônent de part et d’autre de la scène, chacun chargé de cinq bougies dont la lueur vacillante accentue cette sombre atmosphère.

Formé en 2023 à Montpellier, SPLEEN est un jeune groupe qui attire déjà l’attention dans la scène Metalcore française. On retrouve notamment dans ses rangs Marvyn, également batteur chez Sidilarsen. Leur univers oscille entre Metalcore, Hardcore et passages flirtant avec le Deathcore. Une musique brute et lourde qui explore les zones les plus sombres de l’âme humaine.

Après une courte intro pesante, le groupe attaque avec « Flatline« , suivi rapidement de « Hatred for everyone« . L’atmosphère devient presque oppressante, mais c’est exactement ce que le public venu dans le Club est venu chercher. Ensuite, Gaëtan le frontman prend un moment pour présenter le groupe et rappeler leurs origines montpelliéraines. À peine le mot prononcé que la salle explose en cris et en hurlements. Pas de doute : le public de Montpellier a fait le déplacement pour soutenir les siens et ça s’entend.
Le groupe joue en tout une dizaine de titres, dont leurs morceaux les plus récents comme « Withering » et « Swanging teeth« , singles marquants qui symbolisent un tournant dans leur direction artistique, assumant pleinement un son plus brutal et une esthétique plus sombre.

SPLEEN livre une performance aussi intense que cathartique. Mais le moment le plus marquant arrive lorsque le groupe laisse le public monter sur scène. Plusieurs jeunes métalleux n’hésitent pas une seconde. Ils grimpent, se lâchent totalement quelques secondes aux côtés du groupe, avant de se jeter dans la fosse dans des sauts aussi spontanés que spectaculaires. La salle se transforme alors en véritable exutoire collectif. Un final chaotique et libérateur qui résume parfaitement l’esprit du groupe : brut, sombre, mais profondément vivant.

TEN56. : Descente en enfer maîtrisée

Place maintenant à l’un des moments les plus attendus de la soirée avec Ten56. Il est 20h55, la salle est désormais noire de monde et l’excitation est plus que palpable. Pendant près de 50 minutes, le 6MIC va se transformer en véritable champ de bataille.
Dès les premières secondes, le ton est donné. Le projet mené par Aaron Matts (le chanteur) ne fait pas dans la demi-mesure. Né en pleine période de pandémie, Ten56. s’est construit sur une volonté claire : exprimer une rage brute, sans filtre, en explorant les facettes les plus sombres de l’être humain. Et sur scène, cette intention aux sonorités Deathcore/Nu-Metalcore prend une dimension presque suffocante.

Musicalement, c’est une déflagration. Une batterie en mode rouleau compresseur, des riffs massifs, presque industriels, et cette voix… parfois presque inhumaine. Aaron Matts incarne parfaitement cette descente dans les abysses, oscillant entre contrôle total et chaos maîtrisé, tel un guide dans cet univers oppressant.
Aussi, face à ça, le public explose. Les pogos s’enchaînent, les circle pits et les walls of death viennent ponctuer les moments les plus violents du set. Moment marquant également : Aaron met en place un pit exclusivement dédié aux filles. La fosse n’a pas du ressortir indemne tant l’énergie était constante, écrasante, presque épuisante (dans le bon sens du terme).

Ten56. ne joue pas simplement en concert. Ils imposent leur atmosphère. Une performance viscérale, intense, qui marque sans aucun doute l’un des pics de violence et d’intensité de cette première journée.

SORCERER : Incantation Hardcore dans la fosse

On enchaîne avec les Parisiens de SORCERER, qui font partie de ces groupes post-COVID qui montent doucement et dont le jeune parcours force déjà le respect : la Warzone du Hellfest en 2024, une première partie pour TERROR ou encore un passage à l’Xtreme Fest. Le groupe avance vite et bien.

SORCERER évolue dans un Hardcore moderne avec une touche émotionnelle qui repose notamment sur le chant écorché de son frontman Dominique sur lequel viennent se poser des riffs sombres et massifs. De mon côté, c’est clairement une découverte. L’énergie dégagée est communicative, autant sur scène que dans la fosse qui continue de répondre présente sans relâche. SORCERER déroule une setlist d’une dizaine de titres (que je me suis fait un plaisir de re-découvrir et réécouter le lendemain) avec un mélange équilibré d’anciens morceaux et de nouveaux tirés de leur dernier album Devotion. Mention spéciale pour un moment sympa avec un featuring au chant du bassiste d’Headbussa.

Sans forcément réinventer le genre, SORCERER maîtrise ses bases et impose peu à peu sa patte. Un groupe à suivre de près, qui confirme qu’il a toute sa place dans cette nouvelle vague qui monte.

RISE OF THE NORTHSTAR : malgré la blessure, la machine écrase tout

Avant-dernier groupe de la soirée mais véritable tête d’affiche de ce samedi, Rise of the Northstar était attendu de pied ferme par le public du 6MIC. Et dès l’arrivée dans la salle, le ton est donné. Décor inspiré du Japon avec cerisier blanc, distributeur nippon et un immense backdrop en fond de scène. L’identité visuelle du groupe est immédiatement reconnaissable, fidèle à cet univers entre Hardcore et culture manga qu’ils cultivent depuis leurs débuts.

Alors que l’intro retentit et que les musiciens débarquent plein de fougue on découvre alors Vithia (le chanteur) qui arrive en béquilles suite à une malencontreuse blessure à la cheville gauche durant les balances du matin. Il s’en excuse rapidement mais assuera le show comme un chef. Quand on connaît le frontman et son intensité scénique, difficile de ne pas imaginer sa frustration. Mais qu’importe : le public est là pour porter le groupe et ça va se sentir tout au long du set.

Assis une bonne partie du concert, se relevant par moments, Vithia n’en reste pas moins impliqué, pendant que le reste du groupe déroule sans faiblir. Et dès le premier morceau « Néo Paris« , issu de leur dernier album sorti fin 2025, la machine est lancée. Devant les barrières, ça s’agite violemment et ça ne s’arrêtera plus.

Le set navigue habilement entre les époques avec des morceaux récents et des incontournables comme « Showdown« , « Here comes the Boom » ou « One Love« , tous repris en chœur par une fosse en fusion. Dans les rangs l’ambiance est volcanique : pogos, circle pits, walls of death, two-steps… tout y passe !
La soirée continue également sur sa lancée de featurings. Aaron Matts de Ten56. rejoint le groupe sur « Nemesis« , avant que Flo de LANDMVRKS ne débarque sur « Back 2 Basics« . Un moment dont tout le monde s’y attendait mais qui a été apprécié, tant le groupe marseillais est chéri par le public local.
Pendant une heure, Rise of the Northstar impose son rythme et confirme pourquoi il est aujourd’hui **une référence incontournable de la scène hardcore française**. Malgré un frontman diminué, l’énergie collective reste intacte et le public, lui, ressort **lessivé mais conquis**.

Petit regret personnel au passage : l’absence de « Demonstrating my Saiya style« … mais avec une discographie qui s’étoffe, il faut faire des choix. Et vu la claque prise ce soir, difficile de leur en vouloir.

HEADBUSSA : les derniers survivants dans la fosse

Il est 23h40 quand HEADBUSSA monte sur scène pour clôturer cette première journée du Headbang Festival. L’heure est tardive et forcément la fatigue commence à se faire sentir. Après plus de quatre heures dans un pit qui n’en démord pas, certains préfèrent lever le pied et quitter les lieux. D’autres pensaient peut-être que Rise of the Northstar était le point final de la soirée. En conséquence, la salle du Club est un peu plus clairsemée… mais clairement, il ne reste que les plus vaillants.

Et pour ces derniers, certains n’ont rien perdu de leur énergie. Certains affichent la même fraîcheur que lors de l’ouverture avec SOUL SPLITTER, tandis que d’autres, un peu plus éméchés, laissent parler une fougue parfois trop brute dans le pit. L’ambiance reste néanmoins fidèle à l’esprit Hardcore : intense !

Originaire de Paris, HEADBUSSA propose un mélange de Hardcore et de Death Metal, une formule qu’ils ont déjà bien rodée avec leurs deux E.P « Necessary violence » et « Vengeful mind« . Et ce soir, ils viennent enfoncer le clou. Pendant une bonne demi-heure, c’est un déferlement. Mosh dance dans tous les sens, impacts lourds, breakdowns ravageurs… le groupe ne laisse aucun répit et le set file à toute vitesse. Quand le frontman annonce les derniers morceaux, on réalise déjà que la fin approche. HEADBUSSA clôture cette première journée avec autorité, prouvant au passage qu’ils ont clairement un fort potentiel dévastateur.

Difficile de ne pas sortir de cette première journée avec le sourire… et les jambes en compote. Pour une première édition, le pari est largement réussi. Ce Headbang Festival est né de la rencontre entre deux passionnés : Stéphane Delhaye, directeur du 6MIC d’Aix-en-Provence, et Jean-Baptiste Le Bail, musicien et chanteur d’IGORRR, qui avait découvert la salle lors de la tournée 2024 du groupe. Une rencontre qui a donné naissance à un événement déjà incontournable.

Et le public ne s’y est pas trompé. Le 6MIC était bondé, avec une foule dense du début à la fin. Des fans venus de toute la région, de la Côte d’Azur à l’Occitanie, mais aussi des Lyonnais et même des Parisiens ayant fait le déplacement pour vivre cette première édition. Une vraie réussite en termes de mobilisation. Dans la salle comme dans les allées, les retours sont unanimes : le public est conquis ! Entre une organisation fluide et une programmation intelligente mêlant têtes d’affiche solides et scène émergente, tous les ingrédients étaient réunis pour marquer les esprits.

Le verdict est sans appel. Cette première journée est plus que réussie. Alors oui, on rentre chez nous lessivés mais avec une seule idée en tête : revenir dès le lendemain, dès l’ouverture des portes, pour une seconde journée qui s’annonce, sur le papier, encore plus éclectique.

Lieu : 6MIC
Ville : Aix en Provence (13)

Date : 07/03/2026