[Live Report] Loud’Her Festival : le Metal féministe investit le Makeda à Marseille
Le 8 octobre 2026, le Makeda à Marseille accueillait le LOUD’HER FESTIVAL : A Feminist Metal Night, organisé par NEVERHEAL PRODUCTION. Une soirée engagée mettant à l’honneur trois formations du Sud : Castaways, Ghetto Paradise et Sangham. Entre riffs saturés, convictions assumées et sororité, retour sur un rendez-vous qui pourrait bien marquer le début d’une belle aventure pour la scène Metal féministe !
Une soirée Metal engagée au Makeda
Depuis plus d’un an, l’offre de concerts Metal à Marseille s’est quelque peu étoffée. On le doit notamment à NEVERHEAL PRODUCTION, portée par Camille (bassiste de Ghetto Paradise), qui ne ménage pas ses efforts pour faire bouger la scène locale. Son objectif : multiplier les concerts, donner de la visibilité aux groupes du coin mais aussi permettre à des formations émergentes venues d’autres horizons de l’Hexagone de défendre leur musique sur scène. Aussi, parmi les dates proposées cet automne, celle du 8 octobre 2026 était particulièrement attendue. Ce soir-là, NEVERHEAL PRODUCTION organisait le « LOUD’HER FESTIVAL : A Feminist Metal Night« . Le message était clair : un plateau 100 % féministe, avec trois groupes ayant chacun une frontwoman, réunis autour d’une même cause. Une soirée où les décibels allaient donc se mêler aux convictions, et où le Metal avait plus que jamais son mot à dire !
Et pour un tel événement, difficile de trouver un lieu plus symbolique que Le Makeda. Anciennement connu sous le nom du Poste à Galène, cet établissement emblématique de la vie culturelle marseillaise a connu un nouveau départ en 2019, lorsqu’il a été repris par deux femmes, Aude Kaboré et Francine Ouédraogo Bonnot. Rebaptisé Le Makeda, son nom fait référence à la reine de Saba, personnage historique et véritable figure de femme forte. Un choix qui n’a rien d’anodin et qui colle parfaitement à l’esprit de cette soirée. Le lieu affiche également parmi ses ambitions la promotion et l’accompagnement des artistes débutants, tout en défendant des valeurs de partage et de vivre-ensemble. Autant dire que le LOUD’HER FESTIVAL était ici parfaitement à sa place.
Sur scène, trois formations émergentes de la scène du Sud vont donc se succéder : Castaways, Ghetto Paradise et Sangham. Trois groupes aux univers musicaux différents mais réunis le temps d’une soirée autour d’un même engagement. Et le public a répondu présent ! Quelques figures des réseaux sociaux avaient d’ailleurs relayé l’événement, dont Flo alias MyMetalUnicorn, XyleeK ou encore Odrey Hellburn venue pour l’occasion. Petite anecdote au passage, c’est d’ailleurs cette dernière qui est à l’origine du nom du festival. Par ailleurs, dans la foule, quelques artistes de la scène Metal sudiste sont présents comme June, ancienne bassiste de Bad Tripes, Amanda, chanteuse de Cyb1rth, ou encore Fred d’ACOD, pour ne citer qu’eux. Allez, à présent place aux concerts !
CASTAWAYS : une entrée en matière tout en mélodie
C’est donc le jeune groupe CASTAWAYS qui ouvre cette soirée au Makeda. La formation est composée de musiciens qui se sont rencontrés sur les bancs de l’IMFP, l’école de musique de Salon-de-Provence. On y retrouve notamment Mathis à la guitare et Mathias à la basse, que l’on connaît déjà pour leur participation au sein de SOCIAL PROPHECY.
Pour CASTAWAYS, la soirée marque une nouvelle petite étape puisque ce n’est que leur troisième concert. Après une première apparition au Molotov le 13 septembre, ils ont enchaîné quelques jours plus tard avec le tremplin organisé dans le cadre du Festival Mistral Rock 2026, à Salon-de-Provence. Une prestation qui leur a d’ailleurs permis de repartir avec la victoire. De quoi gagner en maturité et surtout d’aborder le concert de ce soir avec un peu plus de confiance.
Le groupe commence son set avec son premier single « Failure », sorti au printemps, rapidement suivi du dernier en date « The fire you light ». Pas encore d’album à se mettre sous la dent mais l’occasion de découvrir de nouvelles compositions en live. Musicalement, CASTAWAYS navigue entre Emo et Metal alternatif. On se laisse ainsi progressivement embarquer par des riffs lourds, des passages plus mélodieux et une certaine mélancolie, le tout porté par la très belle voix de Gine. Un mélange qui fonctionne plutôt bien et qui donne déjà une idée de la direction musicale du groupe. Petite surprise au passage, on a droit également à une reprise plus pêchue du titre « Prisoner » de Miley Cyrus. Plutôt inattendu dans un set Metal, mais pas inintéressant, cela apporte une petite touche de variété à leur prestation.
Finalement, CASTAWAYS nous livre un joli petit set pour démarrer la soirée. Musicalement, c’est propre, bien exécuté et plutôt prometteur pour une formation qui n’en est encore qu’à ses débuts sur scène.
GHETTO PARADISE : du Nu Metal, de la rage et des convictions
On monte d’un cran avec GHETTO PARADISE. Les musiciens font leur entrée après une introduction sous forme de medley Nu Metal des années 90/2000, avec notamment des références à Deftones et Limp Bizkit. Autant dire que le décor est planté ! On retrouve bien ici l’identité du groupe avec son Nostalgic / Alternative Metal et ce petit parfum de nostalgie d’une époque où les pantalons larges et les riffs bien lourds régnaient en maîtres.
Petite particularité ce soir, à la guitare on retrouve Damien le guitariste de STONE HORNS. Et c’est parti pour un set nettement plus musclé que celui de CASTAWAYS, qui démarre avec « Child », suivi de « Guilty Human Beast (GHB) », deux morceaux parmi les plus lourds du répertoire.
Aux commandes du groupe, Mélodie sa frontwoman ne passe clairement pas inaperçue. Elle débarque sur scène vêtue d’une veste noire et blanche à rayures, les cheveux coiffés en longues tresses épaisses et le visage maquillé avec un contour noir autour des yeux, prolongé par des sortes de larmes. Un look qui lui donne presque des airs de clown à la Pennywise à la fois intrigant, frappant et légèrement lugubre. Une présence visuelle qui colle parfaitement à l’atmosphère du groupe. La température monte rapidement et Mélodie finira d’ailleurs par tomber sa veste, histoire de poursuivre le set sans entrave. Toujours aussi pleine de rage et d’énergie, notre frontwoman se montre plus insoumise que jamais. Un « Fuck Fascism ! » lancé depuis la scène viendra d’ailleurs faire son petit effet dans le public. Car ici, les messages ne passent pas uniquement par les riffs et les textes. Camille prend également la parole pour remercier le public d’avoir répondu présent. Elle évoque notamment son propre parcours, elle qui doit composer avec une maladie nécessitant l’utilisation d’une béquille au quotidien. Son message est simple mais fort : ne pas renoncer, aller au bout de ses rêves, défendre ses convictions et ses idées, et continuer à se battre pour faire évoluer la place des femmes dans le Metal. Une intervention sincère qui prend tout son sens dans le cadre de cette soirée.
Musicalement, le groupe déroule une dizaine de titres sans véritable temps mort, alternant ses compositions avec quelques reprises bien choisies. On retrouvera notamment « Falling away from me » de Korn, et pour terminer GHETTO PARADISE reste fidèle à ses habitudes avec la reprise de « My own summer » de Deftones. Un final toujours aussi efficace puisque le public reprend à pleins poumons le fameux « Shove it ! Shove it ! ». De quoi finir sur une belle communion avec la salle.
Avec GHETTO PARADISE, le LOUD’HER FESTIVAL prend clairement une tournure plus revendicative. Entre un Metal puissant, une frontwoman qui ne manque ni de caractère ni de présence et des prises de parole assumées, le groupe aura parfaitement porté l’esprit de cette soirée. De la musique, de la rage et des convictions.
SANGHAM : une release party sous le signe de la sororité
C’est au tour de SANGHAM, troisième et dernier groupe de la soirée, de prendre possession de la scène du Makeda. Et ce n’est pas une date tout à fait comme les autres car le groupe profite de l’occasion pour faire la release party de son deuxième album The Radiant Crown.
Les lumières de la salle se tamisent tandis qu’une introduction séquencée commence à résonner dans les enceintes. Cyril à la guitare, Paul à la basse et Antoine à la batterie prennent place les premiers. Tous trois vêtus de noir, ils laissent volontairement le devant de la scène libre pour mieux accueillir Christelle, leur frontwoman. Son entrée ne passe pas inaperçue. En contraste avec le reste du groupe, elle apparaît avec ses longues dreadlocks attachées, vêtue d’une robe blanche asymétrique aux inspirations gréco-romaines, agrémentée d’une large ceinture dorée. Une allure presque cérémonielle qui attire immédiatement les regards et donne le ton de la prestation.
Le groupe attaque avec « Listen« , premier single dévoilé en amont de la sortie de l’album. Musicalement, SANGHAM évolue dans un univers plutôt riche, à la croisée du Metal progressif, du Death Metal et du Djent. Les compositions alternent ainsi passages techniques, rythmiques massives et séquences plus travaillées.
La suite du set nous permet de découvrir plusieurs morceaux de ce nouvel opus, dont « The last King » et « The insatiable ogre« , tout en retrouvant les deux autres singles sortis avant l’album. Par ailleurs, le groupe n’oublie pas non plus ses précédentes productions et glisse quelques clins d’œil à son parcours avec « Nebulous Era« , issu de son premier album, ainsi que « Vertigo », single paru en 2023.
Au-delà de la musique, SANGHAM porte également des messages qui lui tiennent à cœur, avec des thématiques autour du spécisme, du véganisme et de l’écologie. Une dimension engagée qui s’inscrit naturellement dans l’esprit du festival. Mais ce qui ressort surtout de cette prestation, c’est l’intensité émotionnelle qui s’en dégage. Après la retenue de CASTAWAYS et la colère revendicative de GHETTO PARADISE, SANGHAM apporte une autre couleur à la soirée à savoir celle d’un Metal habité, porté par une véritable sensibilité. Le groupe nous livre un set carré, maîtrisé, mais qui ne manque pas pour autant d’émotions.
Et pour terminer, difficile d’imaginer meilleur choix que « Reclaim« , leur dernier single sorti en septembre dernier. Le morceau avait déjà fait parler de lui grâce à son engagement contre le patriarcat et à son clip réunissant dix autres artistes féminines venues accompagner Christelle au chant. Un titre qui prend ici une dimension toute particulière puisque, parmi ces invitées, on retrouve notamment Mélodie de GHETTO PARADISE et Amanda de CYB1RTH, toutes deux présentes dans la salle ce soir-là. Elles viennent donc tout naturellement rejoindre Christelle sur scène pour partager ce dernier morceau.
Un final qui prend rapidement des airs de célébration collective, avec plusieurs voix féminines réunies autour d’un même message. Et finalement, pouvait-on rêver meilleure conclusion pour une soirée féministe ? « Reclaim » célèbre la sororité, le soutien entre femmes et cette volonté de prendre sa place sans avoir à demander la permission. Une belle manière de refermer cette soirée au Makeda, et de rappeler que le Metal peut aussi être un formidable terrain d’expression et de rassemblement.
Pour conclure, on ne peut que constater que cette soirée LOUD’HER FESTIVAL a parfaitement rempli sa mission : réunir la scène Metal locale autour de la musique, mais aussi de valeurs et de convictions communes. Trois groupes, trois univers et trois manières différentes de faire passer un message. Mais derrière cette belle soirée, il faut aussi saluer tout le travail de Camille de NEVERHEAL PRODUCTION, qui s’est investie corps et âme depuis le mois de mai pour donner vie à ce projet, malgré les imprévus rencontrés en chemin. Une première date qui n’est finalement que le début de l’aventure ! En effet, le festival a désormais son propre compte Instagram officiel @loudher_festival et annonce clairement la suite des évènements. D’autres rendez-vous féministes sont à venir ! On ne peut que souhaiter longue vie à cette initiative et espérer que le public et les acteurs de la scène continueront à répondre présents. Parce que faire bouger les choses, ça passe aussi par la scène.
