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OBSYD – « 136 »

Voilà déjà quelques jours que 136, le premier E.P d’OBSYD, est sorti, et cette chronique attendait sagement son tour sur ma longue liste de choses à faire. L’opus tourne dans mes oreilles depuis sa sortie mais je voulais prendre le temps de poser les mots. Prendre le temps de revenir encore et encore sur ses morceaux. Prendre le temps d’en apprécier les nuances et cette production qui se dévoile un peu plus à chaque écoute. Un peu comme on prend le temps de savourer un bon vin. Et comme souvent, c’est tard dans la nuit que l’inspiration finit par pointer le bout de son nez. Je relance pour la énième fois l’introduction « The descent ». Celle-ci installe une ambiance sourde, étrange, presque irréelle, comme si l’on écoutait une bande-son passée à l’envers. Mon regard se pose alors sur cette pierre d’obsidienne sous cloche qui orne mon bureau. Son éclat noir m’attire. Je la sors, la prends dans ma main… Dehors, la nuit enveloppe tout. À mesure que l’intro progresse et fait monter la tension, mes yeux se perdent dans les stries de la pierre, qui lui donnent cet aspect meurtri. L’une d’elles, plus profonde que les autres, ressemble à une faille… La musique m’envoûte… Je m’y engouffre…

La transition nous entraîne vers la rythmique martiale de « Vulcan’s Breath ». La voix caverneuse de Fred entre alors en scène et nous happe, tandis que les guitares de Fred et Phil entremêlentdes  riffs lourds et d’autres plus aériens. L’atmosphère devient pesante. On sent une rage longtemps contenue, étouffée, qui cherche enfin à s’exprimer. Il y a dans ce morceau quelque chose qui évoque « Puritan Masochism » des Danoises de KONVENT, avec cette voix profonde qui rappelle par moments Vorph, le chanteur de SAMAEL. Un mélange qui donne immédiatement le ton. Ici, la lourdeur n’est pas une fin en soi, elle sert une tension qui ne demande qu’à déborder.

OBSYD : groupe de Death/Sludge

Sans crier gare, les morceaux s’enchaînent et nous voilà plongés dans « The ones with the book », single dévoilé en amont de la sortie. Redécouvert au sein de l’E.P, le titre prend une tout autre dimension. Il s’inscrit naturellement dans l’ensemble et contribue à cette impression de voyage sombre, presque cosmique, où chaque morceau semble prolonger le précédent. Rien ne paraît posé là par hasard : 136 est un tout, une descente progressive dans les méandres d’un univers tourmenté. À l’inverse, « Rotten to the Core » vient bousculer cette progression avec une rythmique plus proche du Thrash et du Punk. Le morceau apporte un regain d’énergie, une impulsion plus directe qui vient réveiller la bête. Mais cette accélération n’est pas qu’une question de tempo. Elle permet aussi au refrain de prendre toute son ampleur. La tension se transforme en décharge électrique, et une fois l’explosion amorcée, difficile de revenir au calme.

Car si la lourdeur et la noirceur du sludge dominent largement chez OBSYD, le groupe sait aussi ménager des respirations et laisser filtrer quelques rayons de lumière. Le solo d’ « Orphans » en est un bel exemple. Au cœur de cette matière sonore épaisse, les guitares s’élèvent et ouvrent une brèche presque mélancolique. Ce n’est pas une rupture avec l’ambiance générale, plutôt une autre façon de l’aborder, comme si la douleur pouvait aussi s’exprimer autrement que par la rage. À l’opposé, les premières secondes de « Life on a Leash » nous prennent de plein fouet. Le morceau avance comme un rouleau compresseur, écrasant tout sur son passage, avant de relâcher légèrement la pression sur ses refrains. Cette alternance entre impact frontal et passages plus ouverts constitue l’une des forces de l’EP. OBSYD joue avec nos émotions, retient la colère, la laisse en suspens quelques instants puis resserre l’étau. Les solos plus éthérés d’ « Orphans » et de « Life on a Leash » illustrent parfaitement ce contraste. Même dans la brutalité, le groupe conserve une place pour la mélodie et une forme de fragilité. Cette approche n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce que j’avais déjà pu souligner à propos d’OBSYD lors d’un précédent live report :

« Leur musique ne cherche pas forcément à provoquer l’explosion immédiate. Elle installe plutôt une tension, un poids presque physique. »

Avec 136, le quatuor confirme cette capacité à construire une atmosphère, à laisser les morceaux travailler l’auditeur avant de libérer leur charge émotionnelle. Le Death Metal, le Sludge, le Stoner et le Hardcore se croisent ici sans que le groupe cherche à se laisser enfermer dans une seule case. C’est cette liberté, associée à une vraie cohérence d’ensemble, qui donne à l’E.P sa personnalité. Aussi, formé le 13 juin 2024, OBSYD est un jeune quatuor français qui revendique cette approche sous le nom de « Controlled Rot ». Une identité qui lui permet de mêler la lourdeur des riffs à une noirceur atmosphérique, en privilégiant une rage expressive plutôt que la démonstration technique. Et le résultat est là : 136 sonne dense, habité et surtout bien équilibré. La production donne suffisamment de poids aux passages les plus écrasants sans étouffer les nuances, les mélodies ni les respirations qui font toute la richesse de ces compositions.

Puis vient « The Ascent », l’outro qui répond en miroir à l’introduction. Après cette plongée dans les profondeurs, le morceau ouvre une porte, comme une fenêtre sur l’extérieur. Le voyage s’achève, mais pas tout à fait l’expérience. Il reste quelque chose de cette traversée, une sensation étrange mêlant apaisement et inconfort, comme après avoir affronté une part de soi que l’on aurait préféré garder enfouie.

Au fond, le nom OBSYD, qui fait écho à l’obsidienne, cette pierre volcanique à l’éclat noir, colle parfaitement à l’univers du groupe. Comme elle, 136 affiche une noirceur évidente, une surface sombre derrière laquelle se cachent des reliefs, des aspérités et des failles. Mais réduire cet E.P à sa seule obscurité serait passer à côté de l’essentiel. Car derrière la lourdeur du Sludge et la violence du Death, il y a aussi de la mélancolie, des respirations et une vraie sensibilité. Avec 136, OBSYD livre un premier E.P solide, viscéral et maîtrisé, dont la production met en valeur chaque facette sans rompre l’équilibre général. La rage y côtoie la fragilité, l’écrasement laisse place à l’élévation, et la noirceur n’empêche jamais la lumière de filtrer. Une belle manière d’ouvrir la faille… et de nous donner envie d’y retourner.

 

136 : le 1er E.P du groupe OBSYD - Under a Metal Sun
Date de sortie : 02 octobre 2026
Label : Auto production

Liste des titres :
  1. The descent (intro)
  2. Vulcan's breath
  3. The ones with the book
  4. Rotten to the core
  5. Orphans
  6. Life on a leash
  7. The ascent (outro)