ALIORE – « Oraison funèbre »
Après les grosses chaleurs caniculaires de cet été, voilà que l’automne pointe doucement le bout de son nez. Parfait pour chroniquer un album de Black Metal sorti… fin juin. Oui, déjà ! À cette période, notre petite rédaction était en pleine ébullition. Le Hellfest venait à peine de se terminer que le festival nous imposait une deadline de mise en ligne de nos live reports qui en a fait frémir plus d’un. Certains ont même fini hors délai ! Autant dire que quelques sujets ont dû être mis de côté, indépendamment de notre volonté. Puis les autres festivals se sont enchaînés, suivis des vacances. Résultat : c’est finalement aux portes de l’automne que je prends la plume pour vous parler de Oraison funèbre, le premier album d’ALIORE.
L’automne, enfin… tout est relatif. Avec un thermomètre qui avoisine encore les 30 degrés, un Suédois serait probablement au bord de l’agonie. Pour le Sudiste que je suis, disons simplement qu’il commence à faire frais. Alors laissez-moi rêver un peu à cette saison que j’affectionne tant, avec sa pluie, ses feuilles mortes et cette atmosphère particulière. Cette période intermédiaire entre les chaleurs estivales et le froid rigoureux de l’hiver. Un entre-deux qui tombe finalement plutôt bien pour parler d’ALIORE, dont l’univers évolue justement entre la vie et la mort.
ALIORE : un univers bien plus vaste qu’un simple album
Originaire de Nice, sur la Côte d’Azur, ALIORE s’est fait remarquer dès ses débuts avec un premier single, « Appréhension », sorti en janvier 2025. Un an plus tard, « Entretien avec le diable », accompagné d’un clip particulièrement soigné, confirmait les premières impressions. Les Niçois avaient visiblement décidé de mettre la barre haut. Alors forcément, l’annonce d’un premier album était attendue avec attention. Ces deux premiers morceaux étaient prometteurs et laissaient surtout entrevoir quelque chose de plus vaste. Une identité musicale, certes, mais surtout un véritable univers. Car ALIORE, qui évolue entre Black Metal et Post-Black Metal, n’est pas arrivé avec juste un simple disque à défendre. Bien au contraire ! Derrière Oraison funèbre, il y a tout un concept.
Le lore d’ALIORE
L’histoire de l’album tourne autour de Marianne Dufresne, épouse d’un commandant consumé par la guerre et les drogues durant la Première Guerre mondiale. Devenu fou, celui-ci finit par l’assassiner. De cette mort violente naît une nouvelle existence. Marianne renaît telle une âme en peine, condamnée à errer dans les cendres de sa vie passée. Mais dans cet entre-deux mondes, elle n’est pas seule. Trois autres entités, aux destins tout aussi tragiques et intimement liés au sien, vont l’accompagner. Ces quatre revenants sont chacun incarnés par un membre du groupe. Comme souvent dans le Black Metal, les musiciens évoluent ici sous pseudonymes, donnant encore davantage de profondeur à cet univers.
Au cœur de cette histoire, on retrouve MURMUR au chant, qui incarne donc Marianne Dufresne, personnage central du récit.
AETER, guitariste et créateur d’ALIORE, représente quant à lui le soldat tombé sous les ordres insensés du commandant Dufresne. Une âme fracturée, devenue gardienne des flammes d’autrefois.
À la basse, DOLOR incarne le médecin de guerre, épuisé par l’horreur des champs de bataille et qui choisira finalement la corde comme délivrance.
Enfin, derrière les fûts, ABADDON prend le rôle de l’apothicaire. Fournisseur du commandant, empoisonné par ses propres remèdes, il devient victime de son propre savoir, contraint par la menace avant d’être trahi par son serment.
Quatre personnages. Quatre destins brisés. Et une histoire qui va progressivement se raconter au fil des dix morceaux de l’album.

Oraison funèbre, un voyage entre ombre et lumière
ALIORE vient du latin et signifie « ailleurs ». Un choix de nom qui prend tout son sens lorsque l’on découvre l’univers du groupe. Quant au titre de l’album, une oraison funèbre désigne un discours prononcé à la mémoire d’une personne décédée, généralement pour lui rendre hommage en retraçant son existence.
Tout est donc pensé pour servir le récit. À travers les dix titres de l’opus, ALIORE nous entraîne dans cette histoire où se croisent les murmures, la colère, la mort mais aussi la lumière. Par ailleurs, la musique ne se contente pas d’accompagner le récit; elle vient véritablement le sublimer.
L’album a été enregistré et mixé au Studio Artmusic, sous la direction de Sébastien Camhi. Lorsque l’on connaît déjà le travail du monsieur, notamment auprès d’artistes comme AKIAVEL ou DEATH DECLINE, on ne pouvait s’attendre qu’à une production solide. Les instruments comme la voix sont parfaitement équilibrés et bénéficient d’un son massif, sans pour autant écraser les différentes nuances de la composition. Et dès les premières secondes de « Renaissance » le ton est donné.
L’introduction, d’abord éthérée, mélodieuse et mélancolique, installe progressivement l’atmosphère. Puis, après un peu plus d’une minute, tout bascule. Un long cri de Murmur vient ouvrir les portes de l’univers d’ALIORE et nous propulse directement dans leur Black Metal.
On retrouve alors tout ce que les deux premiers singles nous avaient laissé entrevoir : des riffs enivrants, une double pédale bien présente, une voix écorchée et des orchestrations discrètes. Le résultat est majestueux.
Une voix qui donne une véritable identité au groupe
Black Metal par moments, Post-Black Metal à d’autres, chacun pourra évidemment y aller de sa propre définition. Mais peu importe finalement l’étiquette que l’on souhaite lui coller, l’essentiel est ailleurs.
Là où le genre peut parfois rebuter par sa production ou son chant très abrasif, ALIORE fait le choix d’une approche particulièrement lisible. Tout s’entend. Les instruments trouvent leur place et la voix reste parfaitement identifiable. Et justement, arrêtons-nous un instant sur celle de Murmur. Derrière son visage angélique et ses yeux bleus, la chanteuse nous entraîne dans les tréfonds de l’obscurité. Son chant est exclusivement dans la langue de Molière et, surtout, parfaitement compréhensible. Une double performance que je ne peux que saluer.
Sa voix screamée constitue évidemment l’un des marqueurs forts de l’album, mais Murmur sait également varier les registres. Quelques murmures et passages en voix claire viennent ponctuellement apporter de la respiration et enrichir l’ensemble.
Pendant près de trois quarts d’heure, le rythme ne désemplit quasiment pas. « Sous la lune pâle », placé au milieu de l’album, fait écho à « Renaissance » avec une introduction plus douce. On pourrait alors croire à une véritable respiration. Mais elle ne sera que de courte durée. En effet, l’intensité reprend rapidement ses droits et accompagne l’auditeur jusqu’aux trois derniers titres : « Sombres représailles », « Marche avec moi dans les flammes » et « Cendres et lumières ». Les passages en voix claire y trouvent une place particulièrement intéressante, soutenus par des rythmiques presque martiales qui renforcent encore cette impression de marche inexorable vers l’obscurité.
Un premier album qui mérite de sortir de l’ombre
Globalement, au fil des morceaux, l’intensité musicale et la profondeur des textes fusionnent à merveille. Les compositions explorent des thèmes ésotériques, cette frontière trouble entre la vie et la mort, avec une véritable dimension poétique. Aussi, Oraison funèbre ne s’écoute pas simplement. Il se savoure. Et surtout, il mérite d’être découvert.
Avec ce premier album, ALIORE démontre qu’il existe encore de belles choses à aller chercher dans la scène Black Metal française. À l’image de leurs confrères de HOULE, qui ont eux aussi réussi à construire un univers particulièrement identifiable autour de leur musique, les Niçois possèdent cette capacité à proposer bien plus qu’une succession de morceaux. Ils ont une identité et une histoire à raconter.
Petit avis tout personnel pour terminer : je verrais très bien ALIORE rejoindre à terme un label comme Les Acteurs de l’Ombre. Leur univers et leur musique pourraient parfaitement y trouver leur place. Et si cela venait à se concrétiser, peut-être qu’un jour, à mon plus grand plaisir, nous les retrouverons sur la Temple du Hellfest. Seul le temps nous le dira mais une chose est certaine : ALIORE vient de poser une première pierre particulièrement solide avec Oraison funèbre.

