A LA UNECONCERTS

[Live Report] : Messa + The Night Eternal + Nero Kane – 30/10/2026 – Ex Tenebris Lux – Montpellier

Pour sa huitième édition, le festival Ex Tenebris Lux investissait la Maison des Chœurs de Montpellier pour trois concerts placés sous le signe des cultures sombres. Le 30 octobre, dans le cadre chargé d’histoire de cette ancienne chapelle, NERO KANE, THE NIGHT ETERNAL et MESSA se sont succédés pour une soirée aux univers aussi contrastés qu’envoûtants. Retour sur notre première participation à cet événement, organisé par What The Fest, qui fut une belle découverte !

Ex Tenebris Lux Acte VIII

Petit rappel pour les non-montpelliérains, Ex Tenebris Lux (qui signifie en latin « des ténèbres jaillit la lumière ») est un festival qui a lieu chaque année sur Montpellier durant le mois d’octobre. Cet évènement est géré par l’association What The Fest qui organise également tout au long de l’année d’autres concerts. Lancé en 2019, Ex Tenebris Lux est devenu le rendez-vous automnal incontournable des « cultures sombres en lieux atypiques et mythiques« .

Pour la dernière ligne droite de cette huitième édition, trois soirées de concerts étaient organisées du 28 au 30 octobre à la Maison des Chœurs de Montpellier. Une ancienne église, ou plus précisément l’ancienne chapelle Saint-Charles de l’Hôpital Général, désacralisée et classée monument historique (NDLR : pour les passionnés d’Histoire qui voudraient en savoir plus, c’est par ici). Un cadre plutôt inhabituel pour des concerts Metal, mais qui promet une certaine atmosphère.

Et cette année, les planètes s’alignent enfin pour nous car c’est la première fois qu’Under a Metal Sun participe au festival Ex Tenebris Lux. Après une première soirée le 28 octobre avec ISKANDER et la release party de VERDUN, puis une deuxième le 29 avec les Finlandais d’ORANSSI PAZUZU, nous voici donc au dernier rendez-vous musical de cet Acte VIII. Au programme de ce vendredi 30 octobre NERO KANE, THE NIGHT ETERNAL et MESSA. Par ailleurs, cette soirée constituera finalement le dernier événement du festival; la soirée Dark Halloween du 31 octobre ayant été annulée en raison du contexte social et des manifestations.

Il est donc temps de pousser les portes de la Maison des Choeurs pour découvrir son intérieur et profiter de cette première immersion dans l’univers d’Ex Tenebris Lux. Une fois le contrôle de sécurité passé et l’accréditation récupérée à l’entrée, direction la nef du bâtiment, déjà bien remplie à mon arrivée. On découvre alors une chapelle, et non une église comme on pourrait se l’imaginer, avec du coup un espace plus intimiste, mais qui possède une belle hauteur sous plafond. La scène est installée en hauteur, derrière les barrières qui séparent la nef de la croisée du transept. Une immense toile claire la surplombe et masque l’ouverture vers le dôme, que l’on devine à travers les premiers voiles de fumée. Au-dessus des chapelles latérales, deux niveaux de tribunes rappellent également l’histoire du bâtiment. À l’époque, où les lieux accueillaient l’Hôpital Général, ces espaces permettaient aux patients d’assister aux offices religieux, tout en restant directement reliés aux premier et deuxième étages des bâtiments de l’hôpital. Aussi, le décor est planté et l’atmosphère déjà bien installée pour accueillir les trois groupes de la soirée.

NERO KANE : une parenthèse hors du temps

C’est dans la pénombre que le duo italien NERO KANE fait son entrée sur scène. En ce début de soirée, les lumières ont une dominante de rouge, ce qui crée une ambiance sombre et mystérieuse.

Derrière ce projet Dark Folk, on retrouve Marco Mezzadri qui lance initialement NERO sous la forme d’un projet solo en 2016. L’aventure prend ensuite une autre dimension avec l’arrivée de l’artiste audiovisuelle Samantha Stella. Sur scène, Marco est à la guitare, tandis que Samantha officie derrière son pupitre sur un clavier Mellotron M4000D Micro.

La musique de NERO KANE explore les territoires du Dark Folk avec une fascination assumée pour l’obscurité, la mort et une certaine poésie mélancolique. Ici, pas question de brusquer les choses. Les compositions sont lentes, méditatives et atmosphériques. Le duo nous invite ainsi à un véritable voyage intérieur. Celui-ci débute d’ailleurs avec « As an angel’s voice« , extrait de leur dernier album For the Love, the Death and the Poetry (2025). Une simple note, jouée sur la guitare électro-acoustique, résonne dans les hauteurs de la chapelle comme une cloche funèbre. Elle est bientôt rejointe par les nappes sonores de Samantha, avant que Marco ne fasse entendre son répétitif et enivrant « Come to me ». Une entrée en matière presque hypnotique, comme une invitation à franchir le seuil entre la vie et l’au-delà.

La suite du set, composée de cinq autres titres, est exclusivement puisée dans le dernier opus. Les morceaux s’enchaînent dans une grande quiétude. Dans la nef, le public semble absorbé par les ambiances du duo.
Sur « Land of nothing« , les deux notes étirées de Mellotron dans un style orgue installent une atmosphère solennelle qui trouve ici un écrin particulièrement adapté. Par ailleurs, le moment le plus touchant intervient avec « Mountain of Sin« , interprété uniquement par Marco au chant et à la guitare acoustique en arpèges. Dépouillé de tout arrangement, le morceau prend une dimension encore plus intimiste. Une véritable poésie sombre, portée par une interprétation tout en retenue.

Des lignes musicales minimalistes, des voix empreintes de mélancolie, des sonorités qui s’étirent et des rythmes lents qui prennent le temps de laisser progresser l’émotion : voilà la recette de NERO KANE. Aussi, au bout de trente minutes, après un final sur « Until the light of Heaven comes« , c’est main dans la main que le duo salue le public et quitte la scène sous les applaudissements.

Merci à NERO KANE pour cette douce parenthèse, où le temps semble s’être suspendu, loin du tumulte de la ville et de la fugacité de nos vies. Une ouverture tout en délicatesse pour cette soirée, mais surtout une belle manière de profiter pleinement de l’atmosphère si particulière de la Maison des Chœurs.

THE NIGHT ETERNAL : retour aux fondamentaux du Heavy Metal

Après une petit pause, le temps du changement de plateau, les lumières s’estompent et la musique d’introduction des Allemands de THE NIGHT ETERNAL retentit. Changement d’ambiance en perspective !

J’avais déjà croisé le groupe lors du Hellfest 2025 mais de manière indirecte. À l’époque, alors qu’ils jouaient sur la scène d’Altar, j’avais tendu l’oreille à distance tout en attendant le passage de SKILLTRON sur la scène de la Temple juste à côté. C’est donc l’occasion de porter ce soir une oreille plus attentive.

Le groupe est actuellement sur les routes pour défendre son troisième album, Cold Velvet, sorti en août dernier. Et là, pas de doute possible ! Nous allons avoir droit à du Heavy Metal dans les règles de l’art ! Les codes sont bien présents jusque dans le look : santiags, jeans serrés et vestes en cuir. Les Allemands connaissent leurs classiques et n’ont visiblement aucune intention de s’en cacher.

En toute logique, le concert démarre avec deux extraits du nouvel album : « The veins of time » suivi de « Eurydice (Don’t look back)« , dont le refrain se révèle plutôt accrocheur. Musicalement, l’artillerie lourde est de sortie et ça envoie sérieusement dans les enceintes. Peut-être même un peu trop à mon goût dans un premier temps. Le volume me semble particulièrement élevé. Est-ce l’acoustique de cette ancienne chapelle et ses belles hauteurs qui renvoient le son dans tous les sens ? Ou simplement mes oreilles qui ont encore en mémoire la délicatesse de NERO KANE ? Toujours est-il qu’il va falloir quelques minutes pour s’habituer à cette montée en puissance.

Sur les huit titres que compte la setlist, la moitié est consacrée au dernier opus. Au milieu du concert, THE NIGHT ETERNAL revient également sur son précédent album avec ses deux morceaux incontournables que sont « Prince of Darkness« , puis le très efficace « In Tartarus ». Sur scène, le frontman Ricardo Baum ne ménage pas ses efforts et déploie toute sa puissance vocale derrière son micro doré. À ses côtés, le guitariste soliste Rob Richter ne tient pas en place et vient régulièrement au-devant de la scène pour envoyer riffs et solos. Ça joue, ça envoie et ça assume pleinement son Heavy Metal traditionnel.

Dans le public, l’ambiance reste relativement sage, même si quelques têtes commencent à secouer et que ça sautille un peu dans les premiers rangs. Il faut dire que THE NIGHT ETERNAL se retrouve quelque peu pris en sandwich entre deux formations aux univers plus doux, et donc bien différents. Après le Dark Folk contemplatif de NERO KANE et avant le Doom de MESSA, leur Heavy Metal plus  énergique contraste forcément dans la programmation. Une bonne partie de l’assemblée n’est peut-être pas venue chercher ce type de sonorités ce soir. Personnellement, j’apprécie justement ces plateaux qui jouent la carte de l’éclectisme. Passer d’un univers musical à un autre, sans forcément chercher à rester dans le même registre, fait aussi partie du plaisir des soirées comme celle-ci. Et de ce côté-là, je suis servi !

MESSA : une messe doom aux accents transalpins

Il est environ 22h15 lorsque l’introduction sourde et stroboscopique de MESSA nous plonge dans la pénombre. Des bâtonnets d’encens, disposés sur scène, diffusent une senteur qui me rappelle immédiatement cette fameuse « odeur d’Eglise » si particulière à ces édifices. A cet instant, la chapelle semble alors se métamorphoser et reprendre du service pour une nouvelle célébration. Chacun son tour, les quatre musiciens prennent place sur scène. Dès l’arrivée de Sara Bianchin, la frontwoman, difficile de ne pas remarquer son charisme naturel accentué ce soir par une prestance et une tenue qui ne laissent pas indifférent. Il y a chez elle ce mélange de classe et de charme à l’italienne : de longs cheveux noirs ondulés qui retombent sur les épaules et le dos, un ensemble tailleur-pantalon parfaitement ajusté et des talons presque aiguilles. On dit souvent que l’habit ne fait pas le moine mais, ce soir, la signorina diffuse une aura de sérénité sous les traits de son visage de madone.

Le concert démarre avec « Abalon« , extrait du premier album, avant d’enchaîner rapidement sur « Fire on the Roof« , l’un des titres phares de The Spin, dernier opus paru au printemps 2025. Après ces deux premiers morceaux, Sara prend timidement le micro pour lancer un « Bonsoir Montpellier« , suivi d’un « Are you feeling all right ?« . Des mots simples, accompagnés de son plus beau sourire, qui déclenchent aussitôt les acclamations du public. Elle nous confie ensuite être heureuse de jouer dans cette ancienne chapelle, un lieu si particulier et finalement parfaitement adapté à un groupe dont le nom signifie « messe » en français. Effectivement, difficile d’imaginer meilleur décor pour accueillir leur musique. Ce soir, on joue à guichet fermé et le public semble avoir les oreilles grandes ouvertes pour recevoir la prêche de la signorina.

Promotion du dernier album oblige, une bonne moitié de la setlist lui est consacrée. De « At races » à « Void Meridian », en passant par « The Dress » ou encore l’envoûtant « Thicker Blood », MESSA déroule ses compositions avec une maîtrise remarquable. Dans la salle, les regards sont quasiment tous tournés vers Sara. Chacun semble se laisser porter par cette voix si douce, presque angélique, qui s’élève dans les hauteurs de la chapelle. Mais ses compagnons de scène ne sont pas en reste. Alberto Piccolo, notamment, nous régale à la guitare comme avec ce passage jazzy sur « The Dress ». En milieu de set, il nous offre également un interlude instrumental tout en nuances, tandis que Sara quitte momentanément la scène pour le laisser seul sous les projecteurs. La chanteuse revient ensuite pour attaquer « Pilgrim« , seul morceau de l’album précédent interprété ce soir.

Pas de doute, le doom transalpin fait mouche. Le public reste relativement sage, presque recueilli, et se laisse volontiers envoûter par cette atmosphère si particulière. Il faudra toutefois attendre le riff accrocheur de « Reveal » pour voir un peu plus d’énergie traverser la salle. MESSA poursuit avec « Void Meridian« , puis « Snakeskin Drape » qui vient conclure le concert. Mais visiblement, personne n’a encore envie de quitter cette messe et les applaudissements invitent rapidement les quatre Italiens sur scène pour un rappel. Ils reviennent alors achever leur prestation et finissent, comme pour boucler la boucle, avec « The hour of the wolf« , lui aussi extrait de leur tout premier album.

Sous les acclamations générales, le rituel prend fin et les applaudissement du public s’élèvent alors au plus hauts des cieux. Et, dans un dernier aurevoir, Sara remercie l’assemblée d’un chaleureux « Grazie », avec ce sourire qui aura accompagné une bonne partie de la soirée.

C’est donc une prestation élégante, envoûtante et parfaitement à sa place dans cet écrin chargé d’histoire que nous a offert MESSA. Aussi, le groupe aura réussi à transformer la Maison des Chœurs en véritable lieu de culte du Doom. Et ce soir, inutile de chercher à convertir les fidèles : ils l’étaient déjà !

Trois groupes, trois univers et une même volonté de nous faire voyager. Cette dernière soirée musicale d’Ex Tenebris Lux Acte VIII aura tenu toutes ses promesses. Entre la délicatesse sombre de NERO KANE, le Heavy Metal sans concession de THE NIGHT ETERNAL et la messe Doom envoûtante de MESSA, il y en avait pour tous les goûts. Le tout dans un cadre absolument atypique qui a largement contribué à la magie de cette soirée.

Un grand merci à toute l’équipe de What The Fest pour l’organisation de ces rendez-vous, et une mention toute particulière à Muriel pour l’accréditation. Cette première participation d’Under a Metal Sun au festival nous aura permis de découvrir un événement qui mérite vraiment le détour.

Malheureusement, cette année le festival a subi l’annulation de deux dates, dans un contexte de manifestations ayant rendu leur organisation impossible pour des raisons de sécurité. Alors, plutôt que de s’arrêter à ces contretemps, le meilleur moyen de soutenir l’association reste encore de répondre présent à ses prochains rendez-vous. N’hésitez pas à suivre What The Fest et à venir nombreux lors des prochains événements. La scène alternative a besoin de ces associations, de ces bénévoles et de ce public qui répond présent pour continuer à faire vivre notre culture.

Lieu : LA MAISON DES CHOEURS
Ville : Montpellier (34)

Date : 30/10/2026