Metal Nights : Alchemists, Ghetto Paradise et Kr3v – 31/01/2026
Les Metal Nights de Martigues reprenaient du service ce 31 janvier 2026 pour leur toute première date de l’année. Une affiche un peu moins locale que d’habitude – un seul groupe du coin – mais une promesse claire à la simple lecture des noms : ça allait cogner… et pas qu’un peu !
Entre la fougue hardcore/metalcore de Kr3v, la vague néo-nostalgique de Ghetto Paradise et le metalcore moderne des Suisses d’Alchemists venus secouer le Sud, la soirée s’annonçait dense, électrique, sans temps mort.
Pour cette première de l’année, les habitudes, elles, ne changent pas. Passage par l’accueil, salut à la sécu puis direction le QG pour récupérer le précieux pass photo des mains de David, président passionné de Groudoudou Events. Petit tour dans la salle, installation du matos, réglages des boîtiers… À peine le temps de vérifier les ISO que les lumières se tamisent déjà. Les hostilités peuvent commencer.
KR3V : La déflagration venue de Valence
Quatre silhouettes débarquent sur scène et sans préambule KR3V appuie sur le bouton rouge. Mélange nerveux de Hardcore et de Metalcore, riffs massifs, batterie qui cogne sec : la décharge est immédiate.
Le groupe n’a qu’un an d’existence et ce concert n’est que le deuxième de leur jeune parcours – quinze jours après leur release party à Annecy – mais franchement, difficile de croire qu’ils en sont là. Ça joue serré, ça joue propre et surtout ça joue avec les tripes. Déjà quatre titres disponibles en streaming, un opus à venir et ce soir une bonne douzaine de compos envoyées en pleine face avec un son lourd, presque poisseux, qui colle à la peau dans un pit où la température grimpe vite.
Au centre du chaos : Nonow. T-shirt « Hardcore Cares » sur le dos, iroquoise fièrement dressée et surtout une énergie incontrôlable. Une boule de nerfs qui harangue la foule, la pousse, la chauffe, la provoque presque. À ses côtés, Guillaume à la guitare, Matt à la basse et Ben derrière les fûts assurent la charpente sonore en mode rouleau compresseur. Dès les premières minutes, « Immolé » et « Dope » prennent une ampleur nouvelle en live. Puis vient le moment clin d’œil : un medley des influences du groupe, lancé par un « Blind » de Korn qui retourne instantanément la salle. Dédicace appuyée à Mélodie de Ghetto Paradise, grande fan du groupe et sourire complice en prime.
KR3V se décrit sur son Bandcamp comme « un exutoire salvateur d’émotions négatives transformées en rage de vivre« . Sur scène, la formule prend tout son sens. Public assis pour mieux exploser au signal, circle pit, wall of death parfaitement exécuté avant « Focus« , leur titre phare dont le clip est sorti en septembre dernier… Nonow mène son monde comme un chef d’orchestre sous adrénaline.
Résultat : un set intense, sans respiration. Une vraie lessive mentale. On ressort du pit vidé, transpirant mais plus léger comme après une bonne claque qui remet les idées en place. La soirée est lancée. Et clairement, le public en redemande.
GHETTO PARADISE : La nostalgie en fusion
Place maintenant aux locaux de l’étape : GHETTO PARADISE, venus tout droit de Marseille. Un groupe encore jeune sur le papier mais composé de musiciens qui traînent leurs amplis sur la scène phocéenne depuis des années; certains ayant même déjà goûté aux scènes internationales. Autant dire que l’expérience, ça ne s’invente pas.
À l’origine du projet, on retrouve Mélodie, tête pensante et âme du groupe. Un projet personnel devenu collectif, presque familial, tant l’alchimie avec Clément (guitare), Camille (basse) et Mathias (batterie) saute aux yeux. Ensemble, ils défendent ce soir Ten Years, leur premier album sorti le 12 décembre 2025 (Ndlr : lire notre chronique de « Ten years »).
Le set démarre avec « Child« , premier titre de l’opus. Le ton est donné : puissance, mélodie, groove et cette patte assumée qu’ils qualifient eux-mêmes de « nostalgic alternative Metal ». Une étiquette qui puise clairement dans le néo-Metal des années 90/2000, sans tomber dans la simple copie.
Casque vissé sur la tête, t-shirt Nine Inch Nails, Mélodie capte immédiatement le regard. C’est un petit gabarit mais qui dispose d’une immense présence. Elle impressionne par l’intensité qu’elle dégage, totalement habitée par sa musique. Les premiers singles « Sands of time« , « G.H.B« , « Sun in the garbage » (véritable déclaration d’amour à Marseille) s’enchaînent avec une solidité bluffante. Sur les sept titres de l’album joués ce soir, aucun ne sonne en retrait.
Puis vient le moment frisson. Après « Weight of silence« , mon titre préféré, le groupe balance la reprise « Falling away from me » de KORN. Forcément, la salle réagit au quart de tour. Dans la gestuelle de Mélodie, on retrouve quelque chose de Jonathan Davis : cette manière d’être traversée par le morceau plus que de simplement l’interpréter. La musique, chez elle, ne se joue pas : elle se vit ! De leurs côtés, Clément, Camille et Mathias assurent derrière avec une énergie sans faille. Et comme si ça ne suffisait pas, GHETTO PARADISE remet une pièce en fin de set avec « My own summer » de DEFTONES. Deux jours après le passage des Californiens à l’Adidas Arena de Paris à guichet fermé, le clin d’œil fait mouche. Le riff fait plier les nuques, le refrain est hurlé à pleins poumons, les barrières tremblent, résistent mais tiennent bon.
Premier concert de GHETTO PARADISE pour ma part et clairement pas le dernier. Ten Years prend une dimension supplémentaire en live. L’album est encore jeune, il va grandir sur scène, c’est évident. Et on sera là pour suivre ça !
ALCHEMISTS : Les Suisses qui n’ont rien de neutre
Après un court temps de récupération, car deux premiers sets ça laisse des traces, les lumières s’éteignent de nouveau. La salle plonge dans une pénombre bleutée. Et là… surprise totale. Les premières notes de « Désenchantée » de Mylène Farmer résonnent dans la Salle du Grès. Incrédulité générale, puis sourires, puis rires… et enfin un chœur massif qui hurle sur le refrain « Tout est chaos ! » Pendant que le public chante à pleins poumons, les quatre Lausannois montent sur scène. Thomas, debout derrière sa batterie, lunettes rondes à la John Lennon sur le nez, pointe la foule de sa baguette en rythme. L’ambiance est posée. Quelques secondes plus tard, fini de rigoler. « Flamel« , premier titre de leur album Chapter one : Love, démarre et la claque est immédiate.
Arrivés le jour même de Lausanne (la capitale olympique et siège du CIO), après avoir avalé les kilomètres dès l’aube, on aurait pu imaginer un peu de fatigue. Surtout en clôturant la soirée. Mais pas chez ALCHEMISTS. Leurs sourires sont larges et l’énergie intacte.
Six morceaux de leur premier album sont joués ce soir. Leur Metalcore moderne regorge de changements de signatures rythmiques, de cassures maîtrisées, de passages lourds et planants. Le chant navigue entre clair, scream et growl avec une aisance impressionnante. Les lignes de basse, parfois presque déstructurées, ajoutent une vraie personnalité au son. Mention spéciale au duo Marc (guitare 8 cordes) / Yoann (basse 7 cordes), qui fait vibrer les murs, notamment sur « Osvominae » dont le riff de base est enivrant.
Julen, au micro, est un frontman accompli. Charismatique, proche du public, il sait qu’il joue en terre marseillaise. Clin d’œil à certaines de nos expressions et surtout le fameux signe popularisé par le rappeur JUL. La salle explose, le public répond au quart de tour et chante à l’unisson sur « Ghost« , single sorti en 2025 en attendant un second album qui semble déjà bien avancé. Deux titres inédits glissés dans le set en sont la preuve, sans trop vouloir spoiler.
Dans la fosse, ça saute, ça headbangue, ça se bouscule gentiment. Même un gars déguisé T-Rex improvise un mosh improbable au milieu du pit. La température grimpe encore d’un cran sur « Frontière« , qui achève de retourner la salle… avant que le public sudiste, loin d’être fatigué, en redemande. Les ALCHEMISTS reviennent et rejouent « Ghost » pour le plus grand bonheur des troupes. Public conquis. Mission accomplie et comme dirait Jules César : « Veni, vidi, vici.«
Première Metal Night de 2026 et déjà une réussite. Trois groupes, trois identités fortes, une salle investie, un public impliqué du début à la fin. KR3V a ouvert les hostilités avec une rage brute. GHETTO PARADISE a prouvé que la scène marseillaise a de beaux jours devant elle et ALCHEMISTS a confirmé que la Suisse peut envoyer bien plus que du chocolat et des montres.
Prochain rendez-vous fixé au 28 février, avec Obsyd, Kymris et Skaphos. Autant dire qu’on sera encore au rendez-vous. Les Metal Nights sont bel et bien lancées.
