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Metal Nights : Skaphos, Kymris, Obsyd – 28/02/2026

Le 28 février, l’association Groudoudou Events nous donnait rendez-vous pour une nouvelle Metal Nights à Martigues. Au programme, trois groupes venus défendre chacun leur vision du Death et du Black Metal, avec des univers aussi sombres que singuliers. Entre la lourdeur hypnotique d’OBSYD, les récits folkloriques de KYMRIS et la plongée abyssale proposée par SKAPHOS, le public a eu droit à un véritable voyage dans différentes facettes du Metal extrême.

OBSYD : L’obscurité comme miroir

La soirée démarre donc avec OBSYD, formation basée entre Arles et Avignon qui évolue à la croisée du Death et du Sludge. Une musique lourde, viscérale, presque introspective, comme une plongée dans les zones les plus sombres de l’âme humaine.
Sur ses réseaux, le groupe se décrit d’ailleurs avec une phrase qui résume parfaitement l’expérience : « Obsyd, c’est l’urgence de hurler ce qui ronge, avec une intensité sans compromis. Où Obsyd passe, la poussière ne retombe jamais. » Et dès les premières minutes, on comprend que la promesse ne sera pas vaine.

Une intro pesante et inquiétante s’installe dans la salle qui est plongée dans l’obscurité bleutée des projecteurs. Cette nappe sonore qui nous envahit crée une tension presque palpable, comme si quelque chose de lourd allait s’abattre sur le public. Puis le groupe arrive sur scène et enchaîne directement avec « Bright shall be the Darkness« , leur titre phare. Le morceau démarre lentement, presque cérémonial, avant de déployer toute sa lourdeur sludge. Les riffs avancent comme une masse compacte tandis que la batterie impose un rythme écrasant. Les paroles jouent sur cette dualité permanente : « born from the darkness, born from the light« , « made to love and cherish, made to destroy« . Une opposition entre lumière et obscurité qui semble être au cœur de l’identité d’OBSYD.
La voix de Fred, chanteur et guitariste, vient alors compléter le tableau. Caverneuse, chaude et rugueuse à la fois, elle semble surgir directement des profondeurs. Une voix qui ne cherche pas la démonstration technique mais qui transmet quelque chose de brut, presque primal.

Le groupe enchaîne ensuite avec « Saturnus 21 Niner« , un titre sorti seulement quelques semaines auparavant. L’entendre en live donne immédiatement une autre dimension au morceau. Les riffs deviennent plus massifs, la rythmique plus hypnotique, et l’ensemble gagne encore en intensité.

Impossible de ne pas penser à la signification du nom OBSYD, qui se dit obsidienne en français. Cette pierre volcanique née du refroidissement brutal de la lave. En lithothérapie, c’est une pierre qui agirait comme un miroir de l’âme, révélant sans filtre les parts d’ombre, les blocages ou les vérités enfouies. Une comparaison qui colle finalement assez bien à la musique du groupe : sombre, brute, parfois dérangeante mais toujours sincère.

Même si le public reste relativement statique pendant le set, l’atmosphère lourde des morceaux semble clairement happer la salle. La musique d’OBSYD ne cherche pas forcément à provoquer l’explosion immédiate. Elle installe plutôt une tension, un poids presque physique. Et pendant une bonne demi-heure, la salle se retrouve entraînée dans un univers pesant, quelque part dans les tréfonds des ténèbres.

KYMRIS : Chroniques sombres venues de Franche-Comté

Changement de plateau et l’atmosphère évolue immédiatement. Les six membres de KYMRIS arrivent sur scène encapuchonnés, vêtus de tenues qui évoquent clairement le Moyen-Âge. Une apparition presque théâtrale qui donne l’impression d’assister à l’arrivée d’une étrange confrérie. Comme ils le précisent eux-mêmes sur leur Bandcamp, ils se présentent comme des alchimistes venus conter les Mythes et Légendes de la Comté, titre de leur premier album.

Et forcément, en voyant ce nom, difficile de ne pas penser immédiatement à l’univers de Tolkien. On pourrait croire à un nouveau groupe inspiré par la Terre du Milieu et ses références au Seigneur des Anneaux. Mais ici, la « Comté » dont il est question est bien réelle. Il s’agit en fait de la Franche-Comté, région d’origine du groupe. Les musiciens ont puisé leur inspiration dans les légendes locales pour construire tout l’univers narratif de leur album Mythes et Légendes de la Comté.

Le set devient alors une véritable plongée dans ces récits populaires. On découvre par exemple l’histoire du « Pacte de Colbus« , un vieillard égorgé dans la forêt de Chailluz, victime de l’avarice et de la jalousie. Plus loin, c’est la « Sorcière de Florimont » qui entre en scène, poussée par la jalousie à massacrer les meuniers qui auraient osé profaner ses terres sacrées. Et durant les huit morceaux qui composent leur set, d’autres histoires tout aussi sombres et mystérieuses viennent nourrir cette ambiance presque païenne.

Musicalement, KYMRIS propose un mélange entre Death Metal et Folk Metal, avec cette petite touche épique et pagan qui donne envie de voyager dans ces récits anciens. Les mélodies viennent parfois adoucir la brutalité des riffs, tandis que la rythmique reste solide et entraînante. Autre point à saluer : le chant est entièrement en français. Un choix qui renforce encore l’aspect narratif et immersif de leur musique.

Pour conclure leur passage, le groupe interprète « Truzna« , un morceau qui sonne presque comme un hymne de fin de banquet. Un titre fédérateur qui invite clairement à lever son verre et partager un moment de camaraderie. Et pour pousser l’expérience jusqu’au bout, les membres du groupe me feront même goûter après le concert un peu de Pontarlier-Anis, une spécialité locale qui rappelle fortement notre pastis du Sud. Comme quoi, la musique peut aussi être une belle occasion de découvrir d’autres cultures… et d’autres terroirs.

SKAPHOS : Plongée finale dans les abysses

Voilà qu’arrive la troisième et dernière partie de la soirée avec les Lyonnais de SKAPHOS. Et une fois encore, on change complètement d’ambiance. Ici, direction les abysses !

La salle s’assombrit et se teinte d’une lumière bleutée qui évoque immédiatement les profondeurs marines. L’impression d’être plongé sous la surface devient presque palpable. C’est dans cette atmosphère aquatique et oppressante que le quatuor fait son entrée sur scène. Les visages sont recouverts de corpse paint, fidèle à l’imagerie du Black Metal, tandis que leurs tenues renforcent encore leur univers : on distingue des morceaux de filets de pêche accrochés à leurs vêtements, comme si les musiciens venaient tout droit d’une expédition dans les fonds marins.

Formé à Lyon en 2018, SKAPHOS navigue dans un univers entièrement construit autour d’une esthétique abyssale, nourrie autant par les récits d’exploration de Jules Verne que par l’horreur cosmique de H. P. Lovecraft. Leur musique mêle la brutalité du Death Metal aux atmosphères suffocantes du Black Metal, avec des riffs dissonants et des rythmiques implacables qui évoquent parfaitement la pression écrasante des profondeurs.

Le groupe défend d’ailleurs sur scène son troisième album sorti en 2025, Cult Of Uzura, dont plusieurs morceaux composent la majorité de la setlist du soir. Dès les premiers riffs, le ton est donné. Les guitares dressent des murs sonores rugueux pendant que la batterie martèle des rythmes aussi imprévisibles qu’une tempête sous-marine. La basse gronde dans les profondeurs tandis que le chant guttural résonne comme une incantation venue d’un monde englouti.

Le public, désormais bien chauffé par les deux groupes précédents, se laisse emporter par cette vague sonore aussi violente qu’hypnotique. Chaque morceau ressemble à une nouvelle plongée, toujours plus profonde, dans cet univers sombre imaginé par le groupe.
Après avoir entraîné la salle dans ce voyage sous-marin sans retour, SKAPHOS conclut son set par ce que le chanteur présente lui-même comme une « dernière offrande ». Les premières notes de « Abyssal Tower » résonnent alors dans la salle, comme le point final d’un rituel.

Avec cette affiche variée et cohérente, Groudoudou Events confirme encore une fois de plus son envie de faire vivre la scène Metal locale et d’y faire découvrir des groupes venus d’horizons différents. 
Et l’aventure ne s’arrête pas là. La prochaine Metal Nights de Martigues est déjà annoncée pour le 25 avril, avec notamment la présence du groupe toulonnais THEORY. Une nouvelle date à noter dès maintenant dans vos agendas.

Lieu : SALLE DU GRÈS
Ville : Martigues (13)

Date : 28/02/2026