GHETTO PARADISE – « Ten years »
Avec Ten Years, sorti le 12 décembre 2025, le groupe marseillais GHETTO PARADISE signe bien plus qu’un premier album. C’est une déclaration d’intention, un retour aux sources assumé et un projet profondément humain, porté par l’émotion et la mémoire.
Derrière GHETTO PARADISE, on retrouve Mélodie, figure bien connue de la scène marseillaise, également bassiste du groupe indus LECKS Inc. Ce projet, elle l’avait en tête depuis longtemps. Un projet personnel, presque intime, qui a pris le temps de mûrir avant de voir le jour. Et c’est aussi ce qui fait sa force. Ten Years n’est pas né dans la précipitation. Il s’est construit pas à pas, jusqu’à devenir réalité grâce à une campagne de financement participatif sur Ulule, validée avec le soutien du public. Un point essentiel à souligner, car cet album existe avant tout grâce à celles et ceux qui y ont cru dès le départ.
Composé de 11 morceaux, l’album a connu un petit retard mais aujourd’hui on le savoure pleinement. GHETTO PARADISE affiche clairement sa volonté de raviver la flamme du Néo Metal des années 90/2000. Cette scène qui a marqué toute une génération. Korn, Deftones, Limp Bizkit, Soundgarden, System of a Down, Crazy Town… les influences sont là, assumées mais jamais copiées. Et si tu fais partie de celles et ceux qui ont vécu cette époque, prépare-toi à une vraie claque nostalgique. Un peu comme dans Ratatouille de Pixar, quand le critique gastronomique Anton Ego goûte le plat de Rémy et se retrouve instantanément replongé dans son enfance (Ndlr : si t’as pas la réf c’est par ici). Ici, l’effet est le même ! Tu vas avoir envie de ressortir les baggys, les t-shirts XXL Adidas, de laisser repousser les cheveux longs et de remonter sur un skate.
Mais Ten Years n’est pas qu’un exercice de style. L’album est aussi un hommage bouleversant. Il est dédié au meilleur ami de Mélodie, disparu il y a dix ans – d’où le titre de l’album. Cette absence, ce poids du temps, cette douleur transformée en musique, traversent l’ensemble des morceaux et donnent au disque une profondeur émotionnelle.
Dès l’ouverture avec « Child », le ton est donné. Le morceau te prend à la gorge sans prévenir : riffs lourds, batterie massive, et surtout cette dualité vocale qui fait mouche. Les couplets, hargneux et viscéraux, flirtent avec un flow presque hip-hop, tandis que les refrains plus clairs et posés apportent contraste et relief. La fusion des styles est évidente et parfaitement maîtrisée.
Enchaînement logique avec « Sun in the garbage », deuxième single dévoilé en avril. Véritable hymne à Marseille, le titre transpire l’amour de la ville, omniprésente dans l’ADN du groupe et dans l’inspiration de Mélo. On sent la Méditerranée, la rage et la poésie urbaine, le tout porté par une énergie sincère.
De manière générale, l’album navigue constamment entre riffs lourds et passages mélodieux, laissant le côté nostalgique de GHETTO PARADISE s’exprimer pleinement. Par moments, cette nostalgie se transforme même en mélancolie, notamment sur « Weight of silence », sans doute l’un des titres les plus marquants du disque. La fin du morceau m’évoque d’ailleurs un certain « Right now » de Korn.
Autre moment fort : « Someday ». Véritable parenthèse de douceur placée intelligemment au cœur de l’album. Difficile de ne pas penser à un « Black Hole Sun » de Soundgarden tant l’atmosphère est aérienne et introspective. Mais comme souvent avec la nostalgie, on aperçoit parfois des repères là où notre âme a envie d’aller.
Ensuite, on retrouve « Sands of time », premier single sorti en février. Un titre très accessible, capable de toucher un public large, même au-delà des puristes du Metal. Le thème est universel : le temps qui passe, qui file entre les doigts, les occasions manquées… mais aussi cette nécessité d’avancer malgré tout.
La conclusion se fait avec le morceau-titre « Ten years », une pièce de près de dix minutes qui clôt l’album de manière enivrante. Un véritable voyage sonore où l’on quitte Marseille au son des vagues et des cris de goélands (Ndlr : ou plutôt des gabians, comme on dit chez nous dans le Sud). Une fin à la fois apaisante et chargée d’émotion.
Côté production, le résultat est massif. La dualité entre douceur mélancolique et riffs lourds sert parfaitement le propos. Sans oublier les séquences et textures ajoutées sur certains morceaux qui renforcent encore l’atmosphère, comme sur « Burn me quiet », probablement l’exemple le plus parlant. Les passages plus torturés rappellent parfois Deftones, et l’ensemble trouve un équilibre solide entre Metal puissant, chants hurlés et moments plus calmes en chant clair.
Avec Ten Years, GHETTO PARADISE signe un album sincère qui parle autant au cœur qu’aux tripes. Un disque ancré dans la nostalgie mais résolument tourné vers l’avenir, porté par une artiste et un groupe qui ont quelque chose à dire – et qui le disent avec justesse.
Et pour ceux qui voudraient découvrir cette énergie sur scène, bonne nouvelle : GHETTO PARADISE participera à la Metal Nights de Martigues le 31 janvier 2025 ainsi qu’au tremplin « Metal Kombat 4« . Une étape de plus pour un projet qui ne demande qu’à grandir… et qu’on suivra de très près.

