HEADKEYZ- « The Cage & The Crown : Chapter II »
Originaire de Montpellier, HEADKEYZ fait partie de ces groupes dont la trajectoire se lit comme un récit cohérent, pensé dès les premières notes. Né en plein confinement sous l’impulsion de Edge (Adrien Girard), chanteur et frontman, le projet s’est construit avec une ambition narrative rare sur la scène Rock/Metal alternative française. Nous avions découvert HEADKEYZ sur les planches du Festival Just’N’Fest 2023, où leur intensité scénique avaient immédiatement retenu l’attention. Le groupe revient à présent conclure son diptyque avec The Cage & The Crown : Chapter II, second album, paru le 16 janvier 2026 .
Et voilà. Quatre ans après The Cage & The Crown : Chapter I, et après quelques ajustements de line-up dont l’arrivée au printemps 2025 de la nouvelle guitariste Stella Cristi, HEADKEYZ livre enfin la seconde pièce du puzzle. Ce nouveau chapitre n’est ni une redite ni une simple suite opportuniste. Il agit comme le miroir du premier volet. Là où le premier album dressait le constat d’un monde à bout de souffle, ce second opus en annonce clairement l’issue.
Visuellement, le lien est évident entre les 2 albums. La pochette reste en noir et blanc, mais l’être humain a laissé place à son squelette, toujours couronné et cage en main. Les détails sont parlants : les quatre cavaliers de l’Apocalypse s’invitent dans l’œuvre. Leurs noms inscrits en braille sur les bannières – Conquête, Guerre, Famine et Mort – sont confirmés par la symbologie des pictogrammes représentatifs respectifs : l’arc, l’épée, la balance et la faux. Le monde est arrivé au point de non-retour.
Musicalement, The Cage & The Crown : Chapter II fonctionne en écho permanent avec son prédécesseur. Huit titres font face aux huit morceaux du premier volet, jusqu’à ce jeu de correspondance subtil entre « Ctrl+Z » et « Ctrl+X », deux respirations posées qui laissent l’auditeur reprendre son souffle au cœur du chaos. Là où le premier chapitre était frontal, dressant le bilan d’un système en implosion, ce second chapitre se fait plus sombre, plus introspectif, parfois presque fataliste. La chute annoncée n’est plus une menace : elle est en marche !
Dès l’ouverture, « The Crown » impose une atmosphère plus progressive, lourde de tension, avant que le groupe ne lâche les chevaux sur des titres comme « Intoxicated » ou « The Keys », véritables rouleaux compresseurs où riffs massifs, grooves écrasants et refrains catchys apportent leur pierre à l’édifice. HEADKEYZ maîtrise parfaitement l’alternance entre puissance et respiration, entre rage contenue et explosions émotionnelles. Des morceaux comme « Rotten party » ou « Viking » prolongent cette dystopie oppressante, tandis que « Revenge » et surtout « The End » viennent clore l’album sur une note aussi épique que cohérente, laissant une impression de conclusion définitive, presque cathartique.
Ce qui frappe surtout, c’est la maturité du projet. Le premier album avait posé des bases solides et audacieuses ; ce second volet les confirme et les approfondit. HEADKEYZ continue de naviguer à la croisée du rock alternatif 90’s et du Metal des années 2000, digérant ses influences – de Deftones à A Perfect Circle – pour mieux les réinventer. Rien de nostalgique ici. Le passé est assimilé, transformé, mis au service d’un propos résolument contemporain. Chaque morceau est pensé comme une scène avec cette volonté constante de raconter. Cette démarche narrative trouve d’ailleurs son prolongement dans le triptyque visuel proposé par le groupe. Là où les clips du premier album étaient monochromes, HEADKEYZ opte ici pour la couleur et livre un véritable court-métrage découpé en trois parties, diffusées dans l’ordre « Viking », « The Keys » et « The Crown ». Plus qu’une simple illustration, ces clips participent pleinement au récit, enrichissant les dimensions symboliques et psychologiques de l’œuvre. L’image devient un prolongement naturel de la musique, renforçant encore l’immersion.
Avec The Cage & The Crown : Chapter II, HEADKEYZ ne se contente pas de signer un très bon album de Rock/Metal alternatif. Le groupe conclut un diptyque ambitieux, pensé dans ses moindres détails, aussi bien sur le plan sonore que visuel. Une œuvre cohérente, sombre, exigeante, qui confirme que HEADKEYZ a définitivement quitté le statut de promesse pour s’imposer comme un projet solide et mature de la scène française. Une conclusion forte, qui donne déjà envie de savoir quel sera le prochain chapitre.

